‹ Les confessions du comte de --Chapitre 33 sur 76 · PREMIÈRE PARTIE l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE l

La marquise fit former sa porte à sa rivale, la rupture fit éclat, et M'"e de Rumigny me pria par un billet fort simple de passer chez elle. M"ie de Valcourt m'avoit fait promettre de n'y jamais aller, mais je ne crus pas mon honneur engagé à lui tenir cette parole. J'y courus donc, et M'"e de Rumigny, après beaucoup de plaisanteries sur Mme de Valcourt, qui toutes portoient coup, me plaignit d'être si fort attaché à une femme qui me traitoit en esclave. Elle m'apprit toutes les aventures vraies ou fausses que le monde avoit données à la marquise. Le mal que l'on nous dit d'une maîtresse n'est pas si dangereux par les premières impressions que par les prétextes qu'il fournit dans la suite aux dégoûts et à toutes les injustices des amans.

Mms de Rumigny, contente de cette première démarche, me pria de la venir revoir en m'assurant qu'elle n'avoit d'autres motifs que son amitié pour moi. Je revins chez la marquise fort difîérent de ce que je m'y étois trouvé jusques alors; elle s'en aperçut, elle en fut alarmée. Les sentimens de la marquise ne me touchoient plus. Je ne sentois que l'ennui et le dégoût d'un plaisir uniforme. J'allois souvent chez M"""^ de Rumigny, qui suivoit constamment son projet; je sentis bientôt pour elle tout ce que m'avoit d'abord inspiré M^e de Valcourt, c'est-à-dire des désirs. L'expérience que j'avois déjà

ib CONFESSIONS DU COMTE DE

acquise me rendit pressant ; mais, avant de se rendre, M^^e de Rumigny me dit : « Je veux le sacrifice de la marquise, j'exige le plus éclatant, et tel que je le prescrirai. Notre rupture a trop fait d'éclat, ma vengeance ne doit pas être ignorée. » Je voulus lui faire quelques représentations, mais elle me dit qu'elle ne me verroit jamais si je balançois un moment. Je fus bientôt déterminé, je consentis à tout, je renvoyai à la marquise ses lettres et son portrait, avec un billet qui, je crois, étoit fort impertinent, puisqu'il étoit dicté par M"^^ de Rumigny; en un mot, je quittai M^ie deValcourt on ne peut pas plus mal. Ce ne fut cependant pas sans remords, c'est en vain qu'on veut s'aveugler pour séparer la probité du commerce des femmes. J'avois encore toutes les idées neuves; le monde ne m'avoit point appris à me parjurer; M™^ de Rumigny, à qui je ne cachai point mes remords, prit encore le soin de les calmer : les femmes n'ont point de plus grands ennemis que les femmes.

M"^e de Rumigny ne me fit pas languir davantage. Le lendemain elle voulut que j'allasse avec elle à l'Opéra en grande loge; j'y consentis, son triomphe étoit le mien. La marquise s'y trouva le même jour; elle étoit fort parée, et n'y venoit que pour démentir les discours du public : une telle démarche est un coup de partie, le jour qu'on a été quittée, mais je remarquai son chagrin caché.

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