PREMIÈRE PARTIE 1 y
Cependant elle m'écrivit, elle me courut, et fit tout ce que l'égarement de l'amour malheureux inspire et fait toujours faire sans succès; enfin elle se commit encore plus qu'elle n'avoit fait. Mais Mnie de Rumigny, qui connoissoit trop la conséquence de ces premiers instans, ne me perdoit pas de vue. Je vécus quelque temps avec M"^^ de Rumigny comme j'avois fait avec M^i^ de Valcourt, et je m'en dégoûtai encore plus promptement. Ma première et ma seconde aventure n'annonçoient pas un caractère fort constant; on verra dans la suite si je me suis démenti.
M"^e(Je Rumigny commençoit donc à me peser beaucoup, lorsque j'entrai dans les mousquetaires. La compagnie marcha en Flandre, et j'y fis ma première campagne. Avant mon départ je passai trois jours avec M"^e Je Rumigny d'une façon à me faire regretter. Elle me fit promettre de lui écrire; mais à peine l'eus-je quittée que je n'y songeai plus.
Après la campagne, la compagnie revint à Paris, où je passai l'hiver. Je n'allai seulement pas voir M"^e de Rumigny. La vie que je menois avec mes camarades me paroissoit préférable à toute la gêne du commerce des femmes du monde. Je n'en recherchai aucune de celles qui exigent des soins et des attentions, et je suivis les mœurs des mousquetaires de mon âge.
Confessions du comte de **". 3
Au retour du printemps, M. de Vendôme, à qui ma famille étoit particulièrement attachée, me proposa d'être un de ses aides de camp; j'acceptai la proposition avec ardeur, et je le suivis en Espagne. Uniquement occupé de mes devoirs, je m'attachai à ce prince, c'est-à-dire au métier de la guerre : car c'étoit ainsi qu'on lui faisoit sa cour.
Il fut assez content de mes services pour m'honorer de sa protection, et bientôt il me fit obtenir un régiment, à la tête duquel je me trouvai à la bataille de Villaviciosa, que M. de Vendôme gagna sur M. de Staremberg.
Après cette victoire, qui décida de la couronne d'Espagne pour Philippe V, mon régiment fut envo^'é en quartier à Tolède. Les congés étant difficiles à obtenir, j'y demeurai pour contenir les soldats, et prévenir les désordres qui pouvoient arriver à chaque instant dans ce pays par la prévention que quelques Espagnols avoient contre les François. D'ailleurs, les moines, par jalousie et par ignorance, persuadent surtout aux femmes que les François sont des hérétiques. Une différence de religion chez des peuples qui ont peu d'étude ne rapprocha pas les esprits; ainsi je vivois dans une assez grande solitude.
Un jour, en rentrant chez moi par une rue détournée, je fus abordé par une femme couverte d'une mante. « Seigneur cavalier, me dit-elle,