‹ Les confessions du comte de --Chapitre 40 sur 76 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

nétré; l'écrituie m'étoit inconnue, et je ne pouvois pas me flatter qu'elle fût écrite de la part de la marquise, que Ton m'avoit assuré être morte de ses blessures. Il y avoit cependant des choses dans cette lettre qui ne pouvoient être écrites que par quelqu'un qui me connût par rapport à elle.

Dans cette incertitude, je revins chez moi écrire un billet dans le dessein d'éclaircir mes doutes, et le lendemain à la même heure je retournai sous la même fenêtre : la jalousie s'ouvrit, on descendit une petite corbeille attachée à un ruban, je l'ouvris, je n'y trouvai rien, j^y plaçai ma lettre, et la corbeille remonta comme un éclair. J'attendis quelque temps; on ne me fit aucun signal, et le jour suivant un nouveau billet tomba à mes pieds. On me marquoit que l'on vouloit s'entretenir avec moi de mes malheurs; on me prioit encore de me trouver au milieu de la nuit le long des murs du jardin, on m'indiquoit un pavillon auprès duquel je trouverois une échelle de corde. Je ne doutai point que cette lettre ne fût de Clara. Je me rendis au lieu marqué, je trouvai ce que l'on m'avoit annoncé; je montai sur le mur, et, changeant mon échelle de côté, je fus bientôt dans le jardin. J'aperçus une femme couverte d'un voile qui se retira dans les allées d'un bosquet, je la suivis, elle s'arrêta sur un banc de gazon. « Ma chère Clara, lui dis-je, car ce ne peut être que vous, est-il bien

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vrai que la marquise ne soit plus? Ce n'est que pour en parler, ce n'est que pour la pleurer que j'ai pu me résoudre à venir ici. — Non, s'écria la femme voilée, elle n'est point morte, votre chère Antonia. » La voix et l'expression me manquèrent en reconnoissant la marquise elle-même; je tombai à ses pieds, elle demeura appuyée sur moi en éprouvant le même trouble. Quand ce tendre saisissement fut passé, nous nous fîmes toutes les questions imaginables. Je lui reprochai de m' avoir laissé ignorer si longtemps le lieu de son séjour; elle m'apprit que son frère m'avoit fait passer pour infidèle dans son esprit, et n'avoit pas laissé parvenir ma lettre jusqu'à elle. « La douleur que cette nouvelle me causa, ajouta-t-elle, et l'éclat de la malheureuse aventure qui m'étoit arrivée, me déterminèrent à prier mon frère de me donner les moyens de vivre et de mourir ignorée. Il répandit le bruit de ma mort, et me conduisit lui-même dans cette abbaye, où personne ne me connoît. J'y mourrai contente, puisque vous m'êtes fidèle; c'est tout ce que je pouvois espérer dans le cruel état où l'amour m'a réduite. Je n'ai pu résister au plaisir de vous entretenir encore une fois; la manière et le lieu sont suspects, mais mes intentions sont pures. Ne cherchez point à me revoir, je vais chercher à vous oublier. Le sacrifice que je prétends faire de vous à celui qui m'a donné l'être

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