‹ Les confessions du comte de --Chapitre 42 sur 76 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

nous fûmes présentés en corps par un officier, qui lui-même l'avoit été la veille dans toutes les maisons où l'on recevoit les officiers. Nous apprîmes en un moment quelles étoient les femmes que le régiment que nous remplacions laissoit vacantes. On eut grand soin de me montrer celles qui étoient dévouées à l'état-major : car il est d'usage d'observer en ce cas l'ordre du tableau, et rien n'est à mon gré si plaisant que de voir la façon dont on s'examine et dont on se choisit pendant les premières vingt-quatre heures. On parle d'abord beaucoup du régiment qui vient d'être relevé; les femmes se répandent fort en éloges sur les officiers polis et aimables qui leur ont donné des bals et des fêtes : c'est un moyen pour engager les nouveaux venus à suivre l'exemple de leurs prédécesseurs; les citations du passé sont un des arts que les femmes de tout état emploient le plus volontiers. Les dames de la garnison qui ont conservé le portrait de leurs amans ne le portent pas en bracelet, ce sont de grands portraits qui parent ordinairement la salle d'assemblée. Je m'attachai à une M'i^e Je Grancour qui étoit assez jolie, et le lendemain je lui donnai le bal. C'est une déclaration authentique dont l'éclat est nécessaire. Je fus donc bien reçu et aussitôt en charge. Je faisois tous les jours la partie de madame; je la voyois tête à tête après souper, ou quelque temps avant Confessions du comte de ***. 5

l'heure de l'assemblée, qui se tenoit alternativement chez quelques-unes. Ce que nous faisions dans la société de l'état-major et des capitaines, les subalternes le pratiquoient de leur côté. En trois jours un régiment est établi, peut-être mieux qu'au bout d'un an : car dans les commencemens il ne peut y avoir de tracasseries, et l'on n'a point de mauvais procédés à se reprocher.

J'étois avec M™e de Grancour dans un commerce réglé, lorsque, par un caprice dont je n'ai jamais bien su le motif, elle me dit un soir que je ne pouvois pas rester chez elle après l'assemblée qui s'y tenoit cejour-là, qu'elle me prioit de sortir avec la compagnie, et que sur le minuit je n'avois qu'à me rendre sous le balcon de sa fenêtre, que j'y trouverois une échelle de corde par le moyen de laquelle je passerois dans son appartement. Tant de précautions me paroissoient assez superflues dans les termes où nous en étions; cependant je ne fis pas de difficultés, je sortis comme les autres, et je me rendis sous la fenêtre à l'heure marquée. J'y trouvai cette mystérieuse échelle; j'y montai, et j'étois près de passer par-dessus le balcon dans l'appartement, lorsque la patrouille vint à passer. L'officier qui la conduisoit m'aperçut : il m'ordonna aussitôt de descendre pour me faire arrêter, et je descendis en enrageant. Mais à peine cet officier, qui était de mon régiment, m'eut-il

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