‹ Les confessions du comte de --Chapitre 43 sur 76 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

reconnu qu'il fît un éclat de rire: « Quoi! c'est vous, dit-il, mon colonel? Et que diable allezvous donc faire par ce balcon ? Je croyois vos alîaires plus avancées. — Morbleu! lui dis-je, je le croyois aussi, mais une sotte complaisance pour une folle... — Allez, allez, reprit-il, vous n'êtes point fait pour prendre cette voie-là; on ne doit faire entrer aujourd'hui par une fenêtre que ceux qu'on y peut faire sortir : frappez à la porte, et faites-vous ouvrir. » Il se mettoit déjà en devoir d'exécuter ce qu'il me disoit, mais je l'en empêchai, et je me retirai chez moi plein de dépit.

Une aventure arrivée à un colonel dans une garnison ne peut pas être secrète; la mienne fut publique le lendemain. J'avois eu le temps de me remettre, et je me prêtai de bonne grâce à toutes les plaisanteries. Les plus mauvaises que j'eus à essuyer furent celles de l'intendante. Elle me dit que le commerce de la bourgeoisie étoit au-dessous de moi, et qu'elle avoit à se plaindre de ce que je la négligeois. 11 est vrai que j'y allois peu. L'insipide fatuité qui régnoit à l'intendance m'en avoit écarté. Monsieur l'intendant était un petit homme plein de prétentions, d'une mine basse, d'un air fat, d'un esprit faux, d'un babil éternel et d'un maintien impertinent. Dès notre première entrevue j'avois remarqué, dans les politesses excessives qu'il croyoit me faire, une suffisance que j'aurois

imaginé être au dernier période, si je n'avois vu quelque temps après madame l'intendante. Ce couple poussoit la morgue et la vanité au dernier excès.

Les agaceries que mon aventure m'attira de la part de l'intendante me firent changer de conduite, et je résolus de m'y attacher. Je pris le parti de m'en amuser; et, pour y parvenir, j'eus la méchanceté d'entretenir leur manie. D'ailleurs, les troupes ont malheureusement besoin de ces gens-là; je flattai donc leur orgueil, j'applaudis à Jeurs ridicules, je disois en leur parlant d'eux-mêmes : des gens comme eux. Je soutenois que la représentation étoit nécessaire dans la place qu'ils occupoient, et faisoit partie du service du roi. Cette conduite fut très utile à mon régiment. Il n'étoit que par détachement dans la ville, le reste étoit répandu dans les villages autour de la place. Le soldat avoit beau faire du désordre, toutes les plaintes du pays n'étoient pas seulement écoutées, et le quartier fut bon; les bonnes grâces de madame l'intendante, que je parvins à obtenir, le rendirent encore meilleur. J'étois le plus considérable de ceux qui se trouvoient alors à ***: ainsi elle m'écouta par vanité, et je la pris parce que je n'avois rien de mieux à faire. Elle n'étoit que médiocrement jolie ; mais la nécessité et la jeunesse ne me rendoient pas difficile. Mon prédécesseur dans ses bonnes

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