‹ Les confessions du comte de --Chapitre 45 sur 76 · A LA SIGNORA MARIA · texte numérisé non relu

A LA SIGNORA MARIA

Qui peut soulager les peines de mon cœur, ma chère aniie? Qui peut effacer de mon esprit le souvenir de mes plaisirs passés? Que vous êtes heureuse avec votre amcmtl Vous êtes ensemble à la campagne, et navez point d'obstacle dans votre passion; la maison délicieuse où vous le possédez ajouteroit encore aux plaisirs de Vamour s'il avoit besoin d'autre chose que de lui-même. Paris fait aujourd'hui l'objet de tous mes vaux; cette ville j si heureuse pour les femmes et si funeste pour moi, est la patrie du signor Carie ^ ; il l'habite à présent, et je n'y saurois être : je ne puis que m'affliger. Souffrez, ma chère amie, que pour soulager ma douleur je vous retrace les impressions que Vamour a faites

1 . On s'est cru obligé de traduire cette lettre pour ceux qui n'entendroient pas l'italien avec la même facilité que le françois.

2. Les Italiennes, accoutumées à ces noms, les donnent plus volontiers à leurs amans que leurs noms de famille.

sur mon cœur, vous jugerez si Von peut en ressentir plus vivement les fureurs.

Vous savez que j'ai vécu pendant cinq ans avec mon mari dans une union tranquille; je croyois que V indolence d'un état languissant étoit de V amour : il n'étoit réservé qu'au signor Carie de me tirer de Verreur ou j'étois.

Il y a quelques mois que je le trouvai au Kidoiie. Sa vue me fit un cœur nouveau, un penchant invincible m'entraîna sans réflexion; je profitai de Vheureuse liberté du masque pour lui parler, son esprit me charma autant que sa figure. L'envie de lui plaire m'avoit engagée à lui faire des avances; je craignis, après l'avoir quitté, qu'il ne me confondît avec les coquettes et les courtisanes. Ces réflexions m'occupèrent toute la nuit. L'amour, qui donne et détruit les idées dans le même instant, me faisoit redouter son insensibilité ou fîattoit mon espoir. J'avois chargé un de mes gondoliers de s'informer avec exactitude de celui qui étoit déjà l'idole de mon cœur ; j'appris dès le lendemain son nom, son pays, et qu'il étoit depuis un mois à Venise. Dans la conversation que j'avois eue avec lui, j'avois reconnu avec chagrin qu'il étoit François; je n'en devins que plus sensible au désir de le fixer. J'appris avec transport qu'il étoit libre, et qu'il n'avoit aucun commerce avec les malheureuses dont notre ville est reniplie. Ces idées me conduisirent le jour même au Kidotte, je l'y

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