PREMIERE PARTIE
et mille amans s'empressèrent auprès d'elle. Quoique je ne remarquasse pas qu'elle m'en préférât aucun, je trouvois qu'elle se prêtoit avec trop de facilité à toutes les agaceries qu'on lui faisoit, et je recommençai mes plaintes. M'"^ de Sézanne, qui m'avoit d'abord rassuré avec bonté, me dit alors que mes reproches la faliguoient. Je ne pris pas son chagrin pour une preuve d'innocence, je sortis, et je fus deux jours sans la voir; mais l'amour me ramena vers elle. Je lui fis tout à la fois des reproches et lui demandai pardon, et nous nous raccommodâmes. Nous vécûmes quelque temps ensemble en passant le temps à nous brouiller et à nous raccommoder tous les jours. Enfin, fatiguée de mes plaintes autant que je l'étois de sa coquetterie, elle me déclara qu'elle ne pouvoit plus supporter mon humeur, qu'elle avoit pris son parti; elle me donna mon congé, et je l'acceptai. Dans le dépit où j'étois, je m'emportai contre elle et contre toutes les femmes en déclamant contre leur infidélité. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'elle n'a jamais pris d'autre amant; le public l'a toujours regardée comme un caractère fort opposé à la coquetterie, et elle m'a paru depuis à moi-même mériter le jugement du public. Si j'en jugeois différemment lorsque je vivois avec elle, c'est que j'avois l'esprit gâté par les deux aventures qui m'étoient arrivées en Espa-
gne et en Italie. Je fis une sérieuse réflexion sur les femmes et sur moi-même. Je compris que je ne devois pas chercher à Paris la passion italienne, ni la constance espagnole; que je devois reprendre les mœurs de ma patrie, et me borner à la galanterie Françoise. Je résolus de me conduire sur ce principe, de ne me point attacher, de chercher le plaisir en conservant la liberté de mon cœur, et de me livrer au torrent de la société.
Je ne rapporterai point le détail et toutes les circonstances des intrigues où je me suis trouvé engagé. La plupart commencent et finissent de la même manière. Le hasard forme ces sortes de liaisons; les amans se prennent parce qu'ils se plaisent ou se conviennent, et ils se quittent parce qu'ils cessent de se plaire, et qu'il faut que tout finisse. Je m'attacherai simplement à distinguer les différens caractères des femmes avec qui j'ai eu quelque commerce.
Je n'eus pas plus tôt rompu avec M^e de Sézanne que je trouvai dans M^^^ de Persigny tout ce qu'il me falloit pour me confirmer dans mes nouveaux sentimens, et dans la résolution que je venois de prendre de n'avoir point de véritable attachement de cœur.
Les femmes à Paris communiquent moins généralement entre elles que les hommes. Elles sont distinguées en différentes classes qui ont peu de