‹ Les confessions du comte de --Chapitre 50 sur 76 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

commerce les unes avec les autres. Chacune de ces classes a ses détails de galanterie, ses décisions, sa bonne compagnie, ses usages et son ton particulier; mais toutes ont le plaisir pour objet, et c'est là le charme du séjour de Paris. J'ai eu lieu de remarquer toutes ces différences.

Mme cie Persigny étoit ce qu'on appelle dans le Marais une petite maîtresse; elle étoit née décidée, le cercle de son esprit étoit étroit. Elle étoit vive, parloit toujours, et ses reparties, plus heureuses que justes, n'en étoient souvent que plus brillantes. Élevée en enfant gâté, parce que dès l'enfance elle avoit été jolie, les amans achevèrent ce que les parens avoient commencé. Elle se crojoit nécessaire partout; il n'y avoit rien que l'on pût voir, point d'endroit où l'on pût aller, que l'on n'y trouvât M^^ de Persigny. Un de ses désirs eût été de pouvoir, comme les jeunes gens, se montrer dans le même jour à plusieurs spectacles; mais, pour s'en dédommager, elle paroissoit à toutes les promenades. Les calèches de goût, les attelages brillans, la promenoient sans cesse aux environs de Paris; souvent elle alloit souper avec sa compagnie dans des maisons de campagne, pendant l'absence de leurs maîtres, et le traiteur ne lui déplaisoit pas. Il n'y avoit rien qu'elle ne préférât à l'ennui d'être chez elle et au chagrin de se coucher. Trop vive pour s'assujettir à une par- Confessions du comte de ***. 7

, Do CONFESSIONS DU COMTE DE * ''

tie de jeu, elle la commençoit et la quittoit à moitié; mais elle aimoit la table, et elle y étoit charmante. Ce fut à un souper que je la connus; il fut poussé fort avant dans la nuit. Née coquette, elle s'aperçut de l'impression qu'elle faisoit sur moi et redoubla ses coquetteries. En sortant de table elle proposa d'aller à Neuillj; cette folie étoit alors dans sa nouveauté, je l'acceptai avec plaisir. Je la suivis avec une de ses amies, je la ramenai chez elle, et la quittai avec une ample provision de parties méditées et de projets sans nombre pour lesquels elle m'engagea. Je consentis à tout; j'avois envie de lui plaire, ou plutôt de l'avoir, et je me trouvai bientôt emporté dans la vie la plus turbulente; mais la destinée me conduisoit à tout voir, et ma facilité naturelle m'engageoit à me prêter à tous les goûts.

Quand une partie manquoit, il falloit absolument en substituer une autre; c'étoit alors que l'imagination de M^e de Persigny travailloit, que les messages couroient, et qu'il étoit indispensablement nécessaire de trouver de quoi remplir un intervalle qui se trouvoit vide. La crainte de l'ennui étoit un ennui pour elle : c'étoit lorsqu'il falloit remplacer une partie qu'elle devenoit caressante; son esprit étoit insinuant, et c'est avec ce caractère que la femme la plus extravagante fait approuver et partager aux hommes toutes les

Page 1