‹ Les confessions du comte de --Chapitre 51 sur 76 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

folies qui lui passent par la tête. J'obtins tout ce que je désirois dans une circonstance pareille; mais, après m'avoir tout accordé, elle ne m'en parut pas plus attachée à moi. Les rendez-vous qu'elle me donnoit étoient presque toujours en Tair. Un souper tête à tête dans une petite maison lui paroissoit toujours trop long; il falloit se contenter d'y aller passer quelques momens. L'envie de s'y rendre lui prenoit au moment que je m'y attendois le moins; ainsi je m'accoutumai à recevoir à sa toilette mes rendez-vous les plus ordinaires, parce qu'elle avoit remarqué qu'ils lui prenoient moins de temps. Il est vrai qu'elle n'avoit pas même l'apparence du tempérament, et que la complaisance et les ouï-dire la déterniinoient uniquement. Elle prenoit un amant comme un meuble d'usage, c'est-à-dire de mode : sans les faveurs il se retire, il faut bien consentir à lui en accorder. Les lettres qu'elle écrivoit partoient du même principe; on trouvoit à la fin quelques mots tendres consacrés par l'usage, le reste avoit toujours la dissipation pour objet. Son mari, qui étoit un fort galant homme, avoit si bien senti l'impossibilité de fixer un tel caractère qu'il ne la contraignoit en rien, et s'étoit rassuré sur l'indifférence que la nature lui avoit donnée en naissant; on voit qu'il n'y gagnoit pas davantage. Indépendamment de toutes les raisons frivoles et des

motifs ridicules de M^^ de Persigny pour avoir toujours un amant en titre et des aspirans, l'envie d'avoir quelqu'un absolument à ses ordres l'engageoit à en conserver toujours un qui ne devoit pas être infiniment flatté d'une préférence dont le hasard décidoit; mais elle étoit jolie et brillante : il n'en faut pas tant dans le monde pour être recherchée.

Je ne fus pas longtemps sans ressentir tous les dégoûts et toutes les peines d'une vie aussi agitée. L'imagination de M^^ de Persigny n'étant jamais arrêtée, l'on ne pouvoit être sûr d'aucun plaisir avec elle; le souper même, qui sembloit l'amuser, se passoit ordinairement dans les arrangemens de ce que l'on pouvoit faire le lendemain.

Pour ne point donner au public des scènes que son étourderie pouvoit aisément occasionner, et que je craignois de partager, je prétextai plusieurs voyages à la campagne; j'eus soin d'en avertir longtemps auparavant, et les parties s'arrangèrent sans moi. A peine M^^ de Persigny s'aperçutelle de mon absence; je ne sais même si elle eut le temps de voir que nous ne vivions plus ensemble. Elle ne manqua pas de gens aimables qui s'empressèrent à me remplacer, et qui bientôt le furent eux-mêmes par d'autres. Enfin, sans rompre précisément avec elle, je cessai d'être son amant en titre.

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