‹ Les confessions du comte de --Chapitre 52 sur 76 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Mme de Persigny m'avoit si parfaitement corrigé des fausses délicatesses dont j'avois tourmenté M™e de Sézanne cjue celle-ci, dont j'avois blâmé la coquetterie, m'auroit alors paru une prude. Il sembloit que l'amour eût entrepris de me faire l'humeur en m'assujettissant aux caractères les plus opposés.

Pendant que je cherchois à respirer des fatigues que m'avoit causées la pétulance de M^^ de Persigny, je me trouvai à dîner chez une de mes parentes avec une femme dont la beauté, la taille noble, l'air sérieux, doux et modeste, attirèrent mon attention. Elle pensoit finement et s'exprimoit avec simplicité. Je demandai qui elle étoit; j'appris qu'elle se nommoit M^^ de Grémonville, et qu'elle étoit dévote par état. Sa figure, son esprit et son maintien me frappèrent et firent impression sur mon cœur. Je n'osai lui demander la permission d'aller chez elle : son état et le mien ne sembloient pas compatir, et je ne voulus rien brusquer; mais je me proposai bien de venir souvent dans cette maison, où j'appris qu'elle se trouvoit ordinairement, et j'exécutai mon projet. Je voyois donc assez souvent M^^ de Grémonville chez ma parente. J'étois moins sensible à ses attraits qu'au plaisir de voir en elle la simple nature, ou du moins ses apparences. Elle ne mettoit point de rouge, ce qui étoit une nouveauté

pour moi, et le calme du régime ajoutoit encore à sa beauté. Je sentois qu'elle meplaisoit infiniment; j'étudiois ses sentimens, je n'étois occupé c^u'à les flatter, elle y paroissoit sensible; mais je n'osois pas encore me déclarer.

Ce qui commença à me donner quelque espérance fut d'apprendre qu'elle n'avoit embrassé l'état de la dévotion que pour ramener l'esprit de son mari, qu'une affaire assez vive avec un jeune homme avoit un peu éloigné d'elle. Son premier attachement me fit connoître qu'elle n'étoit pas insensible. Je lui demandai la permission d'aller chez elle, et je l'obtins. Je remarquai d'abord que M^ie (le Gîémonville, outre la considération qu'elle avoit dans le public, avoit pris un empire absolu sur l'esprit de son mari. La dévotion est un moyen sûr pour y parvenir. Les vraies dévotes sont assurément très respectables et dignes des plus grands éloges, la douceur de leurs mœurs annonce la pureté de leur âme et le calme de leur conscience; elles ont pour elles-mêmes autant de sévérité que si elles ne pardonnoient rien aux autres, et elles ont autant d'indulgence que si elles avoient toutes les foiblesses. Mais les femmes qui usurpent ce titre sont extrêmement impérieuses. Le mari d'une fausse dévote est obligé à une sorte de respect pour elle, dont il ne peut s'écarter, quelque mécontentement qu'il éprouve, s'il ne

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