‹ Les confessions du comte de --Chapitre 54 sur 76 · PREMIÈRE PARTIE Sy · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE Sy

de celles où je devois me rendre auprès d'elle, pour n'y pas trouver les dévotes qui s'y rassembloient quelquefois pour traiter des affaires du parti. Quoique la médisance ne fût pas un des projets décidés de cette assemblée, c'étoit un des devoirs que l'on y remplissoit le mieux. Je prenois assez bien mon temps pour me trouver toujours seul avec M^^ de Grémonville.

Je m'aperçus bieniôt que l'amour me donnoit de plus en plus sa confiance; son mari même en plaisantoit avec moi. « Prenez garde, me disoit-il souvent, si M^^^ de Grémonville vous entreprend, elle vous convertira. » Elle avoit fait observer ma conduite, elle m' avoit fait écrire des lettres qui m'offroient des aventures agréables; mais le goût qu'elle m'avoit inspiré, et l'envie d'avoir une dévote, me rendoient peu curieux d'autres intrigues, et produisirent en moi l'elfet de la prudence. Enfin, après avoir subi tous les examens dont je pouvois le moins me douter, j''obtins un rendezvous dans sa petite maison, oii je fus introduit en habit d'ecclésiastique, et ce fut dans la suite mon déguisement ordinaire. Le masque ne donne pas plus de liberté à Venise que le manteau noir en fournit à Paris, où chacun, occupé de ses plaisirs, ne pense guère à troubler ceux des autres.

Le prétexte d'un office particulier donna à Mme de Grémonville le moyen de s'absenter et de

dire qu'elle tlînoit chez une de ses amies pour retourner avec elle au service de l'après-midi. Malgré tant de précautions, elle prit encore celle de m'ouvrir la porte elle-même. Nous montâmes dans un appartement où régnoient à l'envi la simplicité, la propreté et la commodité. Je fis aussitôt éclater tous mes transports. « Que vous êtes pressant ! me dit-elle; quoi! le plaisir d'aimer et celui d'être aimé ne peuvent vous suffire? Je vous donne un rendez-vous pour épancher nos cœurs dans une plus grande liberté; le danger auquel je m'expose pour vous avoir ici ne peut vous convaincre de l'empire que vous avez sur mon cœur : non, vous ne m'aimez point, vous voulez séduire ma vertu, pour me confondre avec les autres femmes, et pouvoir me mépriser comme elles. » J'employai les caresses et les empressemens pour la rassurer; je vis qu'elle étoit émue, mais que la pudeur combattoit encore. J'allai fermer les volets, elle ne s'y opposa point, et, revenant à ses genoux, je la trouvai foible et complaisante à tous mes désirs. Je saisis ce moment; je l'emportai sur un lit de repos, et je devins heureux. Dès que mon bonheur fut confirmé, elle fit éclater des regrets que je pris soin de calmer. J'eus avant le dîner tout le temps de lui prouver mon amour, et d'éprouver sa tendresse, que rien ne contraignoit plus. Notre dîner, servi par un tour, étoit simple, mais excellent : on

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