‹ Les confessions du comte de --Chapitre 55 sur 76 · PREMIÈRE PARTIE S · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE S

me traitoit en directeur clicii. Nous repassâmes dans le lieu de nos plaisirs pour en goûter de nouveaux. L'heure où finit l'office nous obligea de nous séparer; mais nous nous retrouvâmes souvent avec les mêmes précautions. La nouveauté de cette aventure avoit mille charmes pour moi. Rien ne ressembloit dans celle-ci à tout ce que je connoissois. Les valets d'une dévote ne sont point dans sa confidence, ils sont modestes et sages, et n'ont aucune des insolences que leur donne ordinairement le secret de leur maîtresse. M"ie de Grémonviile, quoique vive dans ses caresses, paroissoit modérée dans les plaisirs, et sembloit n'avoir d'autre intérêt que ma satisfaction, sans jamais envisager la sienne. Une dévote emploie pour son amant tous les termes tendres et onctueux du dictionnaire de la dévotion la plus affectueuse et la plus vive. La critique du monde, que M^^^ de Grémonviile faisoit avec esprit, étoit toujours un éloge indirect d'elle-même; elle vantoit les charmes du mystère et les plus grandes voluptés, qu'elle ne présentoit que sous le nom de commodités.

Notre commerce dura six mois, sans que jamais il ait fait le moindre bruit; mais bientôt j'aperçus du refroidissement et de la contrainte dans les procédés de M^^ de Grémonviile; elle me fit voir des scrupules, et, comme ils ne pouvoient plus naître de la vertu, je les regardai comme des symp-

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tomes d'inconstance. J'ai toujours imaginé qu'une jalousie de directeur causée par quelque objet d'intérêt avoit troublé notre commerce. Les rendez-vous devinrent plus rares, les difficultés de se voir augmentèrent chaque jour; elle me déclara enfin qu'elle ne vouloit plus vivre dans un commerce aussi criminel. J'eus beau la presser, son parti étoit pris, et je fus obligé de m'y soumettre. Je rendis la seule lettre que j'avois; on ne m'en laissoit jamais qu'une, encore ne disoit-elle rien de positif. Quoi qu'il en soit, notre affaire finit sans aucun éclat. Je fus piqué de me voir quitter; cependant M"ie de Grémonville n'eut aucun reproche à me faire. J'observai tout ce qu'elle m'avoit recommandé; je la vis même quelque temps chez elle pour la ménager, mais sans remarquer la moindre envie de renouer, ni le moindre souvenir du passé; ses procédés, en un mot, me parurent plus fiers que ceux d'aucune autre femme. Elle n'eut aucun des ménagemens ordinaires aux femmes dans de pareilles circonstances; il falloit qu'elle comptât beaucoup sur ma probité, et elle me rendoit justice.

La retraite dans laquelle j'avois vécu avec M"^^ de Grémonville m'avoit fait perdre de vue tous mes amis et les différentes sociétés où j'étois lié auparavant. Je me trouvois donc assez isolé. Je résolus bien de ne plus tomber dans un pareil inconvé-

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