PREMIERE PARTIE Ol
nient, et de faire assez de maîtresses pour en avoir dans tous les états, et n'être jamais sans alîaire, si j'en quittois ou en perdois quelqu'une.
J'étois dans ces dispositions lorsqu'il m'arriva une discussion avec M. de ***', conseiller au parlement, pour des droits de terre. Comme j'ai toujours eu une aversion et une incapacité naturelles pour les procès, et que le moyen de les éviter n'est pas toujours de s'en rapporter à ses gens d'affaires, j'allai trouver M. de ***. C'étoit un homme fort raisonnable; d'ailleurs, un des grands avantages que les gens de robe retirent de leur profession est d'apprendre aux dépens des autres à fuir les procès : ainsi nous terminâmes nousmêmes notre différend à l'amiable, et je restai de ses amis. La première marque que je lui en donnai fut de tâcher de séduire sa femme, qui étoit assez jolie, et j'y réussis. Il fallut alors me plier à des mœurs nouvelles, et qui m'étoient absolument étrangères.
La hauteur de la robe est fondée comme la religion sur les anciens usages, la tradition et les livres écrits. La robe a une vanité qui la sépare du reste du monde , tout ce qui l'environne la blesse. Elle a toujours été inférieure à la haute noblesse; c'est de là que plusieurs sots et gens obscurs, qui n'auroient pas pu être admis dans la magistrature, prennent droit d'oser la mépriser,
aussitôt qu'ils portent une épée ; c'est le tic commun du militaire de la plus basse naissance. Cela n'empêche pas qu'il n'y ait dans la robe plusieurs familles qui feroient honneur à quantité de ceux qui se donnent pour gens de condition. Il est vrai qu'on y distingue deux classes : l'ancienne, qui a des illustrations et qui tient aux premières maisons du royaume, et celle de nouvelle date, qui a le plus de morgue et d'arrogance.
La robe se regarde avec raison au-dessus de la finance, qui l'emporte par l'opulence et le brillant, et qui devient à son tour la source de la seconde classe de robe. Le peuple a pour les magistrats une sorte de respect dont le principe n'est pas bien éclairci dans sa tête; il les regarde comme ses protecteurs, quoiqu'ils ne soient que ses juges.
La plupart des gens de robe sont réduits à vivre entre eux, et leur commerce entretient leur orgueil. Ils ne cessent de déclamer contre les gens de la cour qu'ils affectent de mépriser, quoiqu'ils vous étourdissent sans cesse du nom de ceux à qui ils ont l'honneur d'appartenir. Il ne meurt pas un homme titré que la moitié de la robe n'en porte le deuil, c'est un devoir qu'elle remplit au centième degré; mais il est rare qu'un magistrat porte celui de son cousin l'avocat. Les sollicitations ne les flattent pas tous également, les sots y sont extrêmement sensibles, les meilleurs juges et