‹ Les confessions du comte de --Chapitre 57 sur 76 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

les plus sensés s'en trouvent importunés, et pour l'ordinaire elles sont assez inutiles. En général la robe s'estime trop, et l'on ne l'estime pas assez.

Les femmes de robe, qui ne vivent qu'avec celles de leur état, n'ont aucun usage du monde, ou le peu qu'elles en ont est faux. Le cérémonial fait leur unique occupation, la haine et l'envie leur seule dissipation.

iVlme de '•'"*' avoit été élevée dans les principes des avantages de la robe, et son mari, fort attaché à ses devoirs, avoit grand soin de les lui répéter tous les jours. Sa jeunesse et une espèce de goût qu'elle prit pour moi m'arrêtèrent pendant quelque temps; mais la platitude de la compagnie, les plaisanteries de la robe, qui tiennent toujours du collège, la pédanterie de ses usages et la triste règle de la maison, me la rendirent bientôt insupportable. Je vis bien que je devois songer à m'amuser ailleurs, et garder M"^e de *** pour mes heures perdues.

Je commençai à me rendre à la société dont Mme de Grémonville m'avoit éloigné. Aussitôt que je fus entré dans le monde, je fus prié à tous les soupers connus. Paris est le centre de la dissipation, et les gens les plus oisifs par goût et par état y sont peut-être les plus occupés; ainsi je n'étois embarrassé que sur le choix des soupers qui m'étoient proposés chaque jour. Je ne les

trouvois pas toujours aussi agréables qu'ils avoient la réputation de l'être; mais je m'y amusois quelquefois. Après avoir examiné les maisons qui pouvoient me convenir davantage, je préférai celle de MiMe de Gerville. J'y allois plus souvent que dans aucune autre, parce que la compagnie y étoit mieux choisie et-que le jeu y étoit fort rare; on n'en faisoit jamais une occupation ni un amusement intéressé.

Je m'y trouvai un jour à souper avec M^^^^d'Albi. Elle me toucha moins par sa figure, qui étoit ordinaire, sans être commune, que par les grâces et la vivacité de son esprit, la singularité de ses idées et celle de ses expressions, qui, sans être précieuses, étoient neuves. Je jugeai que personne n'étoit plus propre que M^^ d'Albi à me guérir de l'ennui que me causoit le commerce de M^^ de *'^*. Le hasard m'ayant placé à table auprès d'elle, la conversation , qui étoit d'abord générale , devint particulière entre elle et moi; nous oubliâmes parfaitement le reste de la compagnie et en fûmes bientôt à parler bas.

Mn^e d'Albi m'accorda la permission d'aller chez elle, et j'en profitai dès le lendemain. Dans les premiers jours de notre connoissance , notre vivacité réciproque nous fit croire que nous nous convenions parfaitement, et nous vécûmes bientôt conformément à cette idée; mais je ne fus pas

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