PREMIERE PARTIE 7I
vie : mon départ pour mon régiment me donna les moyens honnêtes de quitter la bonne M"^e pi chon. Elle me parut touchée de mon départ, et je me crus obligé de lui conseiller de ne jamais prendre d'homme du monde. Je lui représentai les avantages et les commodités de vivre avec un homme de son état qu'elle choisiroit à son gré. Elle me remercia de mes conseils et convint d'en avoir fait quelquefois la réflexion. Elle me fît promettre, pour la ménager dans son quartier, de la venir voir à mon retour, et je n'y manquai pas. D'ailleurs, toutes les femmes avec qui j'ai eu quelque intimité m'ont toujoiirs été chères, et je ne les ai jamais retrouvées sans ressentir un secret plaisir. J'ai mis à profit pour le monde la société de M"^e Pichon, je l'ai toujours comparée à une excellente parodie qui jette un ridicule sur une pièce qui a séduit par un faux brillant.
A mon retour du régiment je comptois bien nouer quelque intrigue nouvelle, et quitter décemment M"^e d'Albi, dont je ne voulois plus essuyer les caprices. J'ignore si elle avoit prévu mes arrangemens, mais elle m'avoit donné un successeur pendant mon absence. Je fus piqué d'avoir été prévenu. Quoique je ne sentisse plus de goût pour elle et que je fusse déterminé à rompre, je ne Taurois fait qu'avec les ménagemens que j'ai toujours eus pour les femmes; mais je crus devoir
me venger. Je ne négligeai rien pour renouer, bien résolu de la quitter après avec éclat. J'allai la trouver, elle venoit d'avoir avec son nouvel amant un de ces caprices que je lui connoissois : il étoit sorti piqué. La circonstance étoit favorable; elle me reçut au mieux, et nous soupâmes ensemble. Le lendemain je la menai à l'Opéra en grande loge, et trois jours après je la quittai authentiquement. Elle en eut un dépit qu'elle ne m'a jamais pardonné, et que je lui pardonne volontiers; je me suis même reproché ce procédé, que je n'aurois pas eu si je n'eusse été emporté par un mouvement de fatuité. Je n'eus pas plus tôt terminé cette affaire-là que je songeai à d'autres.
Un jeune homme à la mode, car j'en avois déjà la réputation, se croiroit déshonoré s'il demeuroit quinze jours sans intrigue, et sans voir le public occupé de lui. Pour ne pas rester oisif et conserver ma réputation, j'attaquai dix femmes à la fois; j'écrivis à toutes celles dont les noms me revinrent dans la mémoire. Cette façon de commencer une intrigue doit paroître ridicule à tous les gens sensés; c'est cependant une de celles qui réussissent le mieux aux jeunes gens à la mode. La plupait de leurs lettres sont mal reçues; mais de vingt, qu'il y en ait une qui fasse fortune, on n'a pas perdu son temps; cela suffit avec le courant pour entretenir commerce. La comtesse