‹ Les confessions du comte de --Chapitre 63 sur 76 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

et de donner à ce que j'avois dit les couleurs les plus malignes. Il en fut piqué et ne le dissimula pas. J'étois absent, et M^^ de Léry , voulant ou feignant de s'excuser, me cita pour avoir tenu les propos en question. Le comte de Longchamp, animé peut-être par un peu de rivalité, sans entrer en explication, me témoigna son ressentiment; j'y répondis comme je le devois, et lui promis satisfaction. Nous nous trouvâmes à minuit dans la place des Victoires; nous mîmes l'épée à la main, et je n'eus que trop l'honneur de cette affaire, car le comte de Longchamp tomba percé de deux coups d'épée. Le clair de lune qui nous rendoit aisés à reconnoître , mon nom qu'il avoit prononcé dans la chaleur du combat, et sa mort qui arriva le lendemain, m'obligèrent à m'éloigner, pour laisser à mes amis le soin d'arranger cette affaire. Rien n'approche du dépit que j'éprouvai d'être engagé dans une aussi malheureuse afîaire pour la seule femme dont je n'avois rien obtenu. Je sortis de Paris bien convaincu que la coquette la plus sage est quelquefois plus dangereuse dans la société que la femme la plus perdue. Je me rendis d'abord à Calais, où étoit mon régiment, et, après y avoir arrangé quelques affaires, je passai en Angleterre.

Le vrai mérite des Anglois avec leur juste cri- ^ tique seroit la matière d'un ouvrage qui pourroit

être agréable et singulier; pour moi, qui ne parle que des femmes, je continuerai le récit de mes aventures avec elles.

Le duc de Somerset, que j'avois connu à Paris, me présenta au roi. Ce prince me reçut avec sa bonté naturelle; j'eus même l'honneur de souper avec lui chez M^e de Candale, sa maîtresse. J'allai quelquefois au triste cercle de la cour; je fus prié à dîner chez toutes les personnes de marque, et je fus fort étonné de voir la maîtresse de la maison et toutes les femmes sortir de table au fruit. Je demeurois avec les hommes à toster et entendre parler politique. Je fus admi? aux conversations des dames et reçu dans les cabarets avec les hommes. Je me prêtai d'abord aux mœurs angloises. J'appris la langue; je convins du frivole dont on nous accuse, et je réussis assez pour un François.

Les plaisirs des Anglois en général sont tournés du côté d'une débauche qui a peu d'agr^ément , et leur plaisanterie ne nous paroîtroit pas légère. Les femmes ne sont pas, comme en France, le principal objet de l'attention des hommes et l'âme de la société.

Je fis connoissance avec milady B***. Elle étoit parfaitement bien faite, et sa fierté, jointe à un grand air de dédain, après m'avoir révolté, me piqua. Je sentis qu'il falloit se conduire avec art, et cacher mes véritables sentimens à une femme

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