SA VIE ET SES ŒUVRES IX
reçu en billets la valeur de plusieurs biens de campagne vendus par elle pour les nécessités de son commerce. La brave femme n'en abrégea pas cependant les études de son fis, dont elle avait reçu de grands éloges dans un voyage quelle fît à Paris, en 1718, et qui ne quitta Harcourt que quand il eut complètement achevé ses classes. L'ardeur de Duclos était grande. « Jusque-là, a-t-il dit, l'étude avoit été mon plus grand plaisir. Je ne me bornois pas à celle qui m'étoit prescrite ; ma facilité me laissoit du temps de reste, et je l'employois à dévorer les livres que je pouvois me procurer. Je continuai de lire des poètes, des historiens, des moralistes, et les philosophes non scolastiques : car les catégories, les universaux, les degrés métaphysiques et le jargon de récole, s'accordoient peu avec mon goût pour la littérature. »
Les plaisirs de l'esprit et de l'étude n'étaient pas les seuls vers lesquels Duclos fut entraîné. Avant même d'être sorti de l'école, il s'abandonnait à d'autres moins délicats, et par ses aveux nous pouvons juger que les collégiens d'alors jouissaient d'une liberté dont ils ne faisaient pas toujours bon usage. « Des jeunes gens ressemblés, dit-il, quelque surveillés qu'ils soient, acquièrent bientôt ensemble la théorie du vice, et un de mes camarades, un peu plus âgé que moi, m'en facilita la pratique en me menant chez des filles. J'étois déjà assez libertin, quand ma mère me fit