‹ Les confessions du comte de --Chapitre 8 sur 76 · X DUCLOS · texte numérisé non relu

X DUCLOS

revenir en Bretagne, à la fin de mes classes, pour voir quelle seroit ma vocation. » // fallait citer ce passage pour bien faire connaître un des côtés du caractère de Duclos, qui conserva toujours ce goût pour le libertinage, et le moins délicat. Il y parut dans ses écrits, comme dans sa vie. La comtesse de Kochefort ne l'a pas calomnié, quand, un jour quil parlait du paradis que chacun se fait à sa manière, elle s'écria : « Pour vous, Duclos, voici de quoi composer le vôtre : du pain, du vin, du fromage, et la première venue. »

Avec un pareil penchant pour le plaisir, auquel s'ajoutait « un tempérament d'athlète )■>, l'on peut deviner que la a vocation » de Duclos n'était pas pour une vie tranquille, à Dinan, sous Vail maternel. En réalité, « il n en avoit alors point d'autre que de retourner à Paris «^ et d'y continuer à vivre comme il avait commencé. Il y réussit, en persuadant à sa mère de l'envoyer faire son droit dans la capitale.

Comme tant d'autres, avant lui et depuis, il ne s'y occupa guère du Code et des Pandectes. Il prit sa première inscription, mais bientôt « il appliqua au maître d'armes ce qui étoit destiné à l'agrégé », et se donna un jour le plaisir de rosser le guet pour délivrer un homme arrêté pour dettes. Il pensa que c'était déjà être avocat à sa manière; le débiteur trouva sans doute que c'était la bonne. Les amis

SAVIEETSESŒUVRES XI

qu'il fit à la salle d'armes étaient fort inêlù, et tous ne finirent pas bien. Son correspondant à Paris, officier de la Compagnie des Indes, ne parait pas avoir été d'ailleurs de mœurs très sévères. C'est par lui qu'il connut un certain Saint-Maurice, un drôle et un aventurier digne de figurer dans un roman picaresque, qui exploitait la crédulité des personnes naïves qud prétendait mettre en rapport « avec les génies élémentaires ». Duclos n'était pas de ces personnes-là, mais il rencontra chez Saint-Maurice des beautés faciles dont il apprécia fort le commerce. A cinquante ans de distance Duclos se plaisait encore au souvenir de ces folles journées, ou plutôt de ces folles nuits. « La délicieuse société! s'écric-t-il, il ne lui manquoit que d'être honnête ; ce qui ne l' emp échoit pas d'être fort de mon goût, à l'âge que j'avois, avec une ardeur immodérée pour les femmes. Je les aimois toutes, et je n'en méprisois aucune. La délicatesse du sentiment ne s'allie guère avec un tempérament de feu. » Cest à cette époque qu'il fit connaissance, chez un traiteur, de deux hommes de lettres : Piron et Crébillon. « Les saillies » du premier et (( le ton grivois » du second lui plurent beaucoup. Bien qu'on puisse s'y tromper, ce Crébillon était l'auteur de Rhadamiste, et non son fils, l'auteur du Sopha, d'un an plus jeune que Duclos. Fort heureusement pour notre apprenti juriste, JVfme Duclos eut connaissance de la vie dissipée de

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