PREMIERE PARTIE
part, qui sont entrés dans la finance avec une fortune faite ou avancée, ont eu une éducation soignée, qui en France se proportionne plus aux moyens de se la procurer qu'à la naissance. Il n'est donc pas étonnant qu'il se trouve parmi eux des gens fort aimables. Il y en a plusieurs qui aiment et cultivent les lettres, qui sont recherchés par la meilleure compagnie et qui ne reçoivent chez eux que celle qu'ils choisissent.
Le préjugé n'est plus le même à l'égard des financiers : on en fait encore des plaisanteries d'habitude, mais ce ne sont plus de ces traits qui partoient autrefois de l'indignation, que les traités et les affaires odieuses répandoient sur toute la finance. Je sais que personne n'a encore osé en parler avantageusement. Pour moi, qui rapporte librement les choses comme elles m'ont frappé, je ne crains point de choquer les préjugés de ceux qui déclament stupidement contre la finance, à qui ils doivent peut-être leur existence sans le savoir.
La finance est absolument nécessaire dans un Etat, et c'est une profession dont la dignité ou la bassesse dépend uniquement de la façon dont elle est exercée.
En donnant à ceux qui l'exercent avec honneur les justes éloges qu'ils méritent, j'avoue que j'ai trouvé plusieurs financiers qui avoient conservé les mœurs de leurs ancêtres. Cela se rencontre parmi
ceux qui, avec un cœur bas, ont la tête trop foible pour soutenir l'idée de leur opulence. De ce nombre sont encore plusieurs de ceux qui sont les premiers auteurs de leur fortune. Ces deux espèces de financiers sont rampans, insolens, avares et magnifiques; c'est même par cet endroit que j'ai d'abord connu la finance.
M. Ponchard, dont le hasard me fit connoître la femme dans le temps que je cherchois un contrepoison au bel esprit, étoit précisément ce qu'il me falloit. C'étoit un de ces nouveaux parvenus. Sorti de la bassesse, il étoit monté, par degrés, des plus vils emplois aux plus grandes affaires. Il étoit intéressé dans, toutes celles qui se faisoient, et il ne lui manquoit pour décorer, plutôt que pour achever sa fortune, que le titre de fermier général. Sa femme, qui étoit d'une extraction aussi basse, en avoit toute la grossièreté, qu'on avoit négligé de corriger par l'éducation. Les grandes fortunes se commencent souvent en province ; mais ce n'est qu'à Paris qu"'elles s'achèvent et qu'on en jouit. M. Ponchard avoit achevé de gagner à Paris un million d'écus, et sa femme y avoit apporté un million de ridicules. Elle n'étoit plus occupée qu'à s'enrichir encore de ceux des femmes de condition; mais elle n'en saisissoit pas les grâces, qui seules les font pardonner à celles-ci. Comme elle avoit remarqué que presque toutes