‹ Les confessions du comte de --Chapitre 75 sur 76 · PREMIÈRE PARTIE Io · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE Io

les femmes du monde avoient des amans, elle en voulut avoir aussi, et ce fut dans ces dispositions que je la trouvai. Elle me jugea digne d'elle, et la facilité de sa conquête me détermina d'autant plus qu'elle étoit assez bien de sa figure, quoiqu'elle ne fût pas aimable.

Chaque chose a sa langue ; celle de l'opulence m'étoit inconnue, et j'eus le temps de l'étudier sous M. Ponchard. Il ne parloit que d'or et d'argent, comme un gentilhomme de campagne ne parle que de généalogies. Il étoit confiant dans ses propos; son ton étoit décidé, et son triomphe étoit à table, dont la chère, quoique abondante, ne laissoit pas d'être délicate. *I1 y avoit aussi du goût dans ses meubles, et il s'en trouve nécessairement dans toutes les maisons opulentes de Paris, par la facilité que les gens riches, quelque grossiers qu'ils soient, ont d'avoir à leur service ou à leurs ordres ceux dont la profession s'occupe des choses de goût. Mais, comme ce goût n'est que d'emprunt, il ne sert souvent qu'à faire mieux sentir la crasse primitive du maître de la maison, qu'on ne peut pas façonner comme un meuble.

Pour M™e Ponchard, elle n'étoit occupée qu'à étudier et copier les grands airs, qu'elle avoit le malheur de prendre toujours à gauche. Quoiqu'elle tirât son orgueil de la fortune de son mari, elle rougissoit de sa personne.

Je fus bientôt lié dans toute la finance; ce fut ainsi que je connus plusieurs maisons de financiers, dont je ne pouvois pas faire une comparaison qui fût avantageuse à celle de M, Ponchard. D'ailleurs, pour me dégoûter de M.^^ Ponchard, il suflRsoit d'elle-même; peu s'en falloit qu'elle ne me fît regretter M^^ de Tonins, et préférer les ridicules aux dégoûts. Elle regardoit un amant comme un meuble, et, mon hommage flattant sa vanité, elle vouloit que je fusse partout avec elle. Je ne fus pas de ce sentiment-là, et bientôt je commençai à négliger auprès d'elle des devoirs que je n'avois jamais remplis bien exactement. J'étois obligé de faire ma cour; je voulois vivre avec mes amis, et M"^^ Ponchard devint fort mécontente de ma conduite. Une financière aime à citer souvent un homme de la cour qui lui est attaché, mais il est encore plus flatteur de se faire voir avec lui en public. L'on fait une partie de campagne ou l'on donne un souper; toutes les autres femmes ont leur amant, et l'on est réduite à parler du sien. Cette situation peut faire du tort à la longue et donner de mauvaises impressions. Il est bon d'avoir un homme de condition pour en passer sa fantaisie, et n'y pas retourner. Le bon sens l'emporta donc à la fin sur la vanité, et, sans me donner mon congé, M°^^ Ponchard me donna pour associé un jeune commis qu'elle

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