‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 22 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

classes a ses détails de galanterie, ses décisions, sa bonne compagnie, ses usages et son ton particulier ; mais toutes ont le plaisir pour objet, et c'est là le charme du séjour de Paris.

J'ai eu lieu de remarquer toutes ces différences.

M"'" de Persigny étoit ce qu'on appelle dans le Marais une petite maîtresse ; elle étoit née décidée, le cercle de son esprit étoit étroit. Elle étoit vive, parloit toujours, et ses reparties, plus heureuses que justes, n'en étoient souvent que plus brillantes. Elevée en enfant gâté, parce que dès l'enfance elle avoit été jolie, les amans achevèrent ce que les païens avoient commencé. Elle se croyoit nécessaire partout ; il n'y avoit rien que l'on pût voir, point d'endroit oij l'on pût aller, que l'on n'y trouvât M'"" de Persigny. Un de ses désirs eût été de pouvoir, comme les jeunes gens, se montrer dans le même jour à plusieurs spectacles ; mais, pour s'en dédommager, elle paroissoit à toutes les promenades- Les calèches de goût, les attelages brillans, la promenoient sans cesse aux environs de Parif; ; souvent elle alloit souper avec sa compagnie dans des maisons de campagne, pendant l'absence de leurs maîtres, et je traiteur ne lui dépîaisoit pas. Il n'y avoit rien qu'elle ne préférât à l'ennui d'être chez elle et au chagrin "de se coucher. Trop vive pour s'assujettir à une partie de jeu, elle la commençoit et la quittoit à moitié ; mais elle aimoit 'la table, et elle y étoit charmante. Ce fut à un souper que

je la connus ; il fut poussé fort avant dans la nuit. Née coquette, elle s'aperçut de l'impression- qu'elle faisoit sur moi et redoubla ses coquetteries. En sortant de table elle proposa d'aller à Neuilly ; cette folie étoit alors dans Sji nouv'eauté, je l'acceptai avec plaisir. Je la suivis avec une de ses amies, je la ramenai chez elle, et la quittai avec une ample provision de parties méditées et de projets sans nombre pour lesquels elle m'engagea, je consentis à tout ; j'avois envie de iiui plaire, ou plutôt de l'avoir, et je mé trouvai bientôt emporté dans la vie la plus turbulente ; mais la destinée me conduisoit à tout voir, et ma facilité naturelle m'enga^eoit à me prêter à tous les goûts.

Quand une partie manquoit, il failoit absolument en substituer une autre ; c'étoit alors que l'imagination de iM""' de Pcrsigny travail ioit, que 'les messages couroient, et qu'il étoit indispensablement nécessaire de trouver de quoi remplir un intervalle qui se trouvoit vide.

La crainte de l'ennui étoit un ennui pour elle : c'étoit lorsqu'il failoit remplacer une partie qu'elle devenoit caressante ; son esprit étoit insinuant, et c'est avec ce caractère que la femme la plus extravagante fait approuver et partager aux hom.mes toutes les folies qui lui passent par la tête, j obtms tout ce que je désirois dans une circonstance pareille; mais, après m'avoir tout accordé, elle ne m'en parut pas plus attachée à moi. Les rendez-vous qu'elle

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