‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 24 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Pendant que je cherchois à respirer des fatigues que m'avoit causées la pétulance de M'"" de Persigny, je me trouvai à dîner chez une de mes parentes avec une femme dont la beauté, la taille noble, l'air sérieux, doux et modeste, attircrent mon attention. Elle [>ensoit finement et s'exprimoit avec simplicité.

Je demandai qui elle étoit ; j'appris qu'elle se nommoit M"'" de GrémonviUe, et qu'elle étoit dévote par état. Sa figure, son^esprit et son maintien me frappèrent et firent impression sur mon cœur. Je n'osai lui demander la permission d'aller chez elle : son état et le mien ne sembloient pas compatir, et je ne voulus rien brusquer ; mais je me proposai bien de venir souvent dans cette maison, où j'appris qu'elle se trouvoit ordinairement, et j'exécutai mon projet. Je voyois donc assez souvent M™" de GrémonviUe chez ma parente. J'étois moins sensible à ses attraits qu'au plaisir de voir en elle la simple nature, ou du moins ses apparences. Elle ne mettoit point de rouge, ce qui étoit une nouveauté pour moi, et le calme du régime ajoutoit encore à sa beauté. Je sentois qu'elle me plaisoit infiniment ; j'étudiois ses sentimens, je n'étois occupé qu'à les flatter, elle y paraissoit sensible ; mais je n'osois pas encore me déclarer.

Ce qui commença à me donner quelque espérance fut d'apprendre qu'elle n'avoit embrassé l'état de la dévotion que pour ramener l'esprit de son mari,

qu'une affaire assez vive avec un jeune homme avoit un peu éloigné d'elle.

Son premier attachement me fit connoître qu'elle n'éïoit pas insensible. Je lui demandai la permission d'aller chez elle, et je l'obtins. Je remarquai d'abord que M'"" de Grémonville, outre la considération qu'elle avoit dans le public, avoit pris un empire absolu sur l'esprit de son mari. La dévotion est un moyen sûr pour y parvenir.

Les vraies dévote» sont assurément très respectables et dignes des plus grandr éloges, la douceur de leurs mœurs annonce la pureté de leur âms et le calme de leur conscience ; elles ont pour ellesmêmes autant de sévérité que si elles ne pardonnai^ent rien aux autres, et eiles ont autant d'indulgence que si elles avoient toutes les foiblesses- Mais les femmes qui usurpent ce titre sont extrêmement impérieuses. Le mari d'une fausse dévote est' obligé à une sorte de respect pour elle, dont il ne peut s'écarter, quelque mécontentement qU*il éprouve, s'il ne veut avoir affaire à tout le parti.

M'"" de Grémonville disposoit à son gré d'un bien considérable ; tout ce que la magnincence a de solide et de recherché l'environnoit, sans avoir d'autre apparence que celle de la prcpretc et de la simplicité ; on le sentoit, mais il falloit examiner peur s'en apercevoir.

M"'^ de Grémonville fut la première des dévotes qui adopta la mode singulière des petites maisons,

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