‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 25 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

que le public a passée aux femmes de cet état par une de ces bizarres inconséquences dont on ne peut jamais rendre compte ; c'est là que, sous le prétexte du recueillement, il leur est libre de faire avec très peu de précautions tout ce que ce même public, si réservé sur elles, ne passeroit point aux femmes du monde. Enfm, sur cet article, les choses en sont au point que toute la différence ne tombe que sur les heures : on y dîne avec la dévote, on y soupe avec là femme du monde, de façon que la même maiscn pourroit en quelque sorte servir à l'une et à l'autre.

Les visites des prisonniers, celles des hôpitaux, un sermon ou quelque service dans une église éloignée, donnent cent prétextes à une dévote pour se faire ignorer, et pour calmer les discoui-s, quand par hasard elle est reconnue. Dès que le rouge est quitté, et que par un extérieur d'éclat une femme est déclarée dévote, elle peut se dispenser de se servir de son carrosse ; il lui est libre de ne se point faire suivre par ses gens, sous prétexte de en cher ses bonnes œuvres : ainsi, maîtresse absolue de ses actions, elle traverse tout Paris, va à la campagne scdle ou tête à tête avec un directeur.

C'est ainsi que, la réputation étant une fois établie, la vertu, ou ce qui lui ressemble, devient la sauvegarde du plaisir.

M'"* de Grémonville commença par me faire cent questions différentes sur les femmes avec qui j'avois vécu, tantôt en déplorant la conduite des

femmes du monde, tantôt en leur donnant des ridicules. Elle éprouvoit ma discrétion sur les autres, afin de s'en assurer pour elle-même. L'amour-propre ne me fit jamais rompre le silence qu'un honnête homme doit garder sur cette matière. J'ai toujours été plus sensible au plaisir qu'à la vanité de la bonne fortune.

Cette discrétion fît impression sur son esprit, car j'avois déjà touché son cœur. J'achevai de la séduire en l'accablant d'éloges sur sa beauté, ses grâces, et même sur sa vertu. J'admirois toujours les sacrifices qu'elle faisoit à Dieu ; mes discours étoient flatteurs, sans paroître hypocrites. Je 'lui vantois les plaisirs du monde, et mes yeux l'assuroient que j'étois prêt de lui en faire le sacrifice. Dans la crainte que l'on ne pénétrât le motif de mes visites, elle m'avertit des heures de ses exercices de piété, et de celles où je devois me rendre auprès d'elle, pour n'y pas trouver les dévotes qui s'y rassembîoient quelquefois pour traiter des alTaires du parti. Quoique la médisance ne fût pas un des projets décidés de cette assemblée, c'étoit un des devoirs que l'on y remplissoit le mieux. Je prenois assez bien mon temps pour me trouver toujours seul avec M'"*" de Grémonville.

Je m'aperçus bientôt que l'amour me donnoit de plus en plus sa confiance ; son mari m.ême en plaisantoit avec moi.

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