‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 26 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

M Prenez garde, me disoit-il souvent, si M""' de Giémcnville vous entreprend, elle vous convertira. »

Elle avoit fait observer ma conduite, elle m'avoit fart écrire des lettres qui m'offro;ent des avcPituros agréables ; mais le gcût qu'elle m'avoit inspiré, et l'envie d'avoir une dévote, me\endoient peu curieux d'autres intrigues, et produisirent en moi î'eifet de la prudence.

EnFin, aprcs avoir subi tous les examens dont je pcuvoîs le moins me douter, j'obtins un rend?z-vous dans sa petite maizov., où je fus introduit en habit d'ecclésiastique, et ce fut dans la suite mon déçuij sèment ordinaire. Le masque ne donne pas plus de i liberté à Venise que le manteau noir en fournit à Paris, où chacun, occupé à ses plaisirs, ne pen:e guère à troubler ceux des autres. .

Le prétexte d'un office particulier donna à

de Grémonvilîe le moyen de s'absenter et de

^ . ,tc qu'elle dîroit chez une de ses amii's poi.'r

retourner avec elle au service de l'après-midi.

Malgré tant de précautions, elle prit encore celle de

m 'ouvrir la porte elle-même.

Nous m.ontâmes dans un appartement où rcgnoicnt à l'cnvi la simplicité, la propreté et la commodité.

je fis aussitôt éclater tous mes transports.

(( Oue VDUs êtes pressant ! me dît-elle ; quoi ! le plaisir d'aimer et celui d'être aimé ne peuvent vous suffire? Je vous donne un rendez-vous pour épancher nos coeurs dans une plus grande liberté ; le danger

auquel je m\expose pour vous avoir ici ne peut vou? convaincre de l'empire que vous avez sur mon cœur • non, vcus ne m'air^cz point, vous voulez séduirr, r vertu, pour me confondre avec les aulrcs feni; pouvoir mé roépriser comme elles. »

j 'employai les careiîscs et les emprcssemen: , ja rassurer ; je vis qu'elle ércit émue, mais que . pudeur ccmbattoit encore, j'allai fermer les vole, elle ne s '5^ opposa point, et, revenant a ses gencr je la trouvai îoib-le et complaisante à tous mes dcriv .

je saisis ce moment ; je l 'emportai sur un lit de repos, et je devins heureux. iJès que mon bonh<:rfut confirmé, elle fît éclater des regrets que je pi som de calmer.

j'eus avant le dîner tout le, temps de lui prouver mon am-our, et d'éprouver sa tendresse, que i;cn np conlraignoit plus.

Notre dîner, servi par un tour, étoit simple, m-Jis excellent : on me traitois en directeur chéri. Nc'repassâmes dans le lieu ce nos plaisirs pour en goût de nouveaux. L'hieure où finit H'officc nous obligea de nous séparer ; Kai;. nous nous retrouvâmes souvent avec les mêmes précautions.

La nouveauté de cette aventure avôit mille charmes pour moi. Rien ne ressem.bloit dans celle-ci à tout ce que je ccnnoissois. Les valets d'une dévote ne sont point dans sa confidence, ils sont modestes et sages, et n'ont aucune des insolences que leur donne ordinairement le secret de leur maîtresse-

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M'"' de Grémonviille, quo que vive dans ses caresses, pafoissoii modérée dans les plaisirs, et scmbloit n'avoir d'autre intérêt que ma satisfaction, sajKJ jamais envisager la sienne. Une dévote emploie pour son amant tous les termes tendres et onctueux du dictionnaire de la dévotion la plus affectueuse et la plus vive.

La critique du m»onde, que M""' de Grémonville faisoit avec esprit, étoit toujours un éloge indirect d'clle-m.ême; elle vantoit les charmes du mystère et les plus grandes voluptés, qu'elle ne présentoit que sous le nom de coramoditéo.

Notre commerce dura six mois, sans que jamais il ait fait le moindre bruit ; mais bientôt j'aperçus du refroidissement et de la contrainte dans les procédés de M'""" de Grémonville ; elle m.e fît voir des scrupules, et, comme ils ne pouvoient plus naître de la vertu, je les regardai comme dès symptôme? d'inconstance.

j'ai toujours imaginé qu'une jalousie de directeur cauice par quelque objet d'intérêt avoit troublé notre commerce.

Les rendez- vous devinrent plus rares, les difficultés de se voir augmentèrent chaque jour ; elle me déclara enfin, qu'elle ne vouloit plus ivivre dans un commerce aussi criminel, j'eus beau la presser, son parti étoit pris, et je fus obligé de m'y soumettre. îc rendis la seule lettre que j'avois ; on ne m'en Liesoit jamais qu'une, encore ne disoit-elle rien de

positif. Quoi qu'il en soit, notre aflaire finit ?ans aucun éclat. Je fus piqué de me voir quitter ; cependant M'"* de Grémon ville n'eut aucun reproche à me faire. J'ojpservai tout ce qu'elle m'avoit recommandé ; je la vis même quelque temps chez elle pour la ménager, mais sans remarquer la moindre envie de renouer, ni le moindre souvenir du passé ; ses procédés, en un mot, me parurent plus fiers^que ceux d'aucune autre femme. Elle n'eut aucun des ménagemens ordinaires aux femmes dans de pareilles circonstances ; il falloit qu'elle comptât beaucoup sur ma probité^ et elle me rendoit justice.

La retraite dans laquelle j'avois vécu avec M'"' de Grémonviïle m'avoit fait perdre de vue tous mes amis et les différentes sociétés où j'étois hé auparavant. Je me trouvois donc assez isolé. Je résdlus bien de ne plus tomber' dans un pareil inconvénient, et de faire assez de maîtresses pour en avoir dans tous les états, et n'être jamais sans affaire, si j'en quittois ou en perdois quelqu'une.

J'étois dans ces dispositions lorsqu'il m 'arriva une discussion avec M. de ***, conseiller au parlement, peur des droits de terre.

Comme j'ai toujours eu une aversion et une incapacité naturelles pour les procès, et que le moyen de les éviter n'est pas toujours de s'en rapporter à ses gens d'affaires, j'allai trouver M. de ***. C'étoil un homme fort raisonnable ; d'ailleurs, vn des grands avantages que 'les gens de robe retirent

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