‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 27 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de leur profession est d'apprendre aux dépens des auires à fuir les procès : ainsi nous terminâmes nousmêmes notre différend à l'amiable, et .je restai de ses amis.

La première marque que je lui en donnai fut de tâcher de séduire sa femme, qui étoit assez jolie, et j'y réussis. Il fallut alors me plier à des mœurs nouvelles, et qui m'étoieni: absolument étrangères.

La hauteur de la robe est fondée comme la religion sur les anciens usages, la tradition et les livres écrits. La robe a une vanité qui la sépare du reste du monde, tout ce qui l'environne la blesse. Elle a toujours été inférieure à la haute noblesse ; c'est de là que plusieurs sots et gens obscurs, qui n'auroient pas pu être admis dans la magistrature, prennent droit d*oser la mépriser, aussitôt qu'ils portent une cpée ; c'est le tic commun du militaire de la plus basse naissance. Cela n'empêche pas qu'il n'y ait dans la robe plusieurs familles qui fercient honneur à- quantité de ceux qui se donnent peur des gens de conditiom II est vrai qu'on y distingue deux. classes : l'ancienne, qui a des illustrations et qui tient aux premières maisons du royaume, et celle de nouvelle date, qui a le pKis de morgue et d'arro.'^ar.ce.

La robe se regarde avec raison au-dessus de la finance, qui l'emporte par l'opulence et le brillant, et qui devient à son tour la source de la seconde classe de robe.

Le peuple a pour les mar^K-trats une scric de

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respect dont le principe n'est pas bien cclairci dans sa tête ; il les regarde comme ses protecteurs, quoiqu'ils ne soient que ses juges.

La plupart des gens de robe sont réduits à 'Vivre entre eux, et leur commerce entretient leur orgueil- Us ne cessent de déclamer contre les gens de la cour qu'ils affectent de mépriser, quoiqu'ils vous étourdissent sans cesse du nom de ceux à qui ils ont 1 honneur d'appartenir. 11 ne meurt pas un homme titré que la moitié de la robe n'en porte le deuil, c'est un devoir qu'elle rem.plit au centième degré ; mais il est rare qu'un magistrat porte celui de son cousin l'avocat. Les sollicitations ne les flattent pas tous également, les sots y sont extrêmement sensibles, les m.ei'iîeurs juges et les plus sensés s'en trouvent importunés, et pour l'ordinaire etles sont assez inutiles.

En général la robe s*e3time trop, et l'on ne l'estime pas assez.

Les femmes de robe, qui ne vivent qu'avec celles de leur état, n'ont aucun usage du monde, ou le peu qu'elles en ont est faux. Le cérémonial fait leur unique occupation, la haine et l'envie leur seule dissipation.

M"'° de *** avoit été élevée dans les principes des avantages de la robe, et son mari, fort attaché à ses devoirs, avoit grand som de les lui répéter tous les jours. Sa jeunesse et une espèce de goût qu'elle prit pour moi m'arrêtèrent pendant quelque temps ;

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