PREMIÈRE PARTIE
la démarche qu'elle faisoit : ainsi son esprit et sa gaifié parurent en pleine liberté.
M"" de Vignclles possédoit éminemment le talent de donner des ridicules, et nous fîmes une ample critique de toutes les personnes de notre connoissance.
Quand il fut question du prrincipal objet qui conduit dans une petite maison, au défaut de l'amour nous en goûtâmes les plaisirs, et nous nous séparâmes fort contens l'un de l'autre. L'imagination vive et même déréglée de M""" de Vignolles m'amusoit, et sa personne m'étoit agréable. Après cinq ou six soupers j'étois près d'en devenir amoureux, lorsque je m'aperçus que j'étois l'amant qu'elle avouoit en public, et que le jeune comte de Varcnncs étoit celui qu'elle préféroit en secret. Je voulus faire l'amant jaloux, éclater en reproches ; Mme de Vicrnclles n'y répondit qu'en plaisantant-
(( Quoi ! me dit-elle, la façon dent nous nous sornmes pris a-t-elle dû vous faire imaginer que j'aurois une fidélité à toute épreuve pour un nomm.e qui n'a pas même pris la peine de me faire croire qu'il m'aimoit? Nous nous convenions tous deux ; nous n'avions personne ni l'un ni l'autre : voilà les motifs qui vous ont déterminé à m.e cho.sir ; j'avoue que ce sont ceux que j'ai eus en vous acceptant si facilement. »
Cet aveu sincfulier me suqDrit, et bientôt me calma. Le sentiment n'étoit point outragé ; l'am.our-propre
seul étoit blessé ; ainsi je me déterfninai à prendre cette aventure 'iégèrctneiit. je îai fis seulement prometire pour la forme de me sacrifier Varcnnes ; mais, loin de me tenir parole, elle lui associa un jeune homme de robe, sans compter les passades, -qu'elle regcLrdoit comme choses qui ne tiroient pas à ccnséqu&nce. L'aventure de Varennes avoit éteint l'espèce d'amour naissant que je sentois pour M"'" de VigTiolles ; les autres achevèrent de me la faire mépriser. Cependant, comme elle étoit devenue nécessaire à mon amusement, je n'aurois pu me résoudre à îa quitter, s'il rn'avoit été possible de ne la voir qu'en secret ; mais c'éîoit précisém.ent ce qu'elle n« prétendoit pas, parce que j'étois l'amant de représentation.
Il ne se passoit guère ce jours que ]e n entendisse raconter quelques-unes de ses aventures, ou rapporter le détail de quelque nouveau ridicule qu'elle s'étoit donné. L'esprit seul n'en a j?mais garanti; celui de M'"" de Vignolles ne lui servoit qu'à s'en faire accabler, j'avois, outre cela, la mortification de voir qu'aucune femm.e ne vouloit aller avec elle. Cûilfs mêmes qui avoient un am^ant déclaré croyoient satisfaire le public en la méprisant, au point de refu'^er jusqu'aux oarties de spectacle cju'elle leur proposoit ; ainsi elle se trouvoit réduite à n'aller Que dans les maisons ouvertes, où elle vouloit absolument rue je la suivisse.
On partage le, ridicule de. ce qu on aime ; j avois