‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 31 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

beau en pailer légèrement tout le premier, on regardait mes discours comme im nouveau genre de fatuité, et l'on s'obstinoit à me croire amoureux pour avoir le plaisir de m'associer aux ridicules de M'"" de Vignolles. Il faut non seulement se m.aiier au goût du public, mais encore prendre une maîtresse qui lui convienne, et mon attachement pour M"" de Vignolles étoit généralement blâmé.

Mon amour-propre eut tant à souffrir pendant trois mois que je vécus avec elle que je me déterminai à rompre entièrement. Il m'en coûta, je l'avoue ; je Irouvois à la fois dans Mme de Vignolles la commodité et les agrémens que l'on rencontre avec une Elle de l'Opéra et le ton et l'esprit d'une femme du monde. Vive, libertine, empoitée, sérieuse, raisonnable avec beaucoup d'esprit et d'agrémens, elle réunissoit toutes les qualités qui peuvent séduire et amuser : heureusement que le mépris où elle étoit donnoit des armes contre elle ; ce fut ce mépris qui me détermina à lînii- un commerce qui me paroissoît honteux pour moi.

M"'" de Vignolles fut désespérée de me perdre. El] en 'épargna rien pour me ramenex; mais mon parti étoit pris : j'étois résolu d'immoler mon plaisir à l'opinion et aux caprices du public ; je résistai aux larmes que le dépit lui arrachoit, et je la quittai aussi malhonnêtement que je l'avois prise.

C'est l'usage parmi les amans de profession d'évi-. ter de rompre totalement avec celles qu'on cesse

d'aimer. Or» en prend de nouvelles, et on tâche de conserver les anciennes, mais on doit surtout sonocr à augmenter la liste.

J'étois trop enivré des erreurs du bon air pour avoir négligé un point aussi essentiel; ainsi j'avois toujours quelque ancienne^ maîtresse qui me reccvoit sans façon, lorsque je me trouvois sans affaire réglée. Ces femmes de réserve sont de celles que l'on a sans soins, qu'on perd sans se brouiller, et qui uc méritent pas d'article séparé dans ces mémoires

Comme je n'avois quitté M'"" de Vignolles que pour satisfaire à l'opinion publique, je songeai à la remplacer dignement pour me réconcilier av.c le public, et mon choix tomba sur M"'" de Léry. Elle n'avoit d'autre beauté que des yeux plein d'esprit et de feu ; mais elle passoit pour sage, et l'étoit en effet, avec un fonds de coquetterie inépuisable.

Je îa trouvai au bal de l'Opéra, qui étoit alors dans sa nouveauté, et peut-être le plus sage établissement de police qui se soit fait dans la Régence, parce qu'il fit cesser les assemblées particulières, cù il arrivoît souvent du désordre.

je liai conversation avec elle, et, profitant de la liberté du bal, je lui offris mon hommage. E'Ic le reçut avec une facilité qui me fit croire que mon commerce seroit bientôt établi, et que je scr.-i: l'écueil de sa sagesse ; mais je n'en fus pas plus avancé.

M""^ de Léry a voit trente amans qui l'assié-

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