PREMIÈRE PARTIE
geoicnl ; elle les amucoit tous également et n'en favonsoit aucun. J'allois tous les jours chez elle ; chaque jour elle me pîaisoii davantage, et mes affaires n'en avançaient pas plus. CoxTime je m'aperçus bieniôt clu manège et de la coquetterie de M""" de Léry, je ne voulus pas perdre mon temps avec elle et je songeois à l'employer plus utilement ailleurs ; mais elle savoit conserver ses amans avec autant d'art qu'elle avoit de facilité à les engager. Elle ne vit pas plus tôt que j'étois près de lui échapper qu'elle employa toutes les marques de préférences pour me retenir, je crus toucher au moment d'être heureux, et je me rengageai de nouveau. Le succès fut 'bien différent de ce que j'espérois-
Nous nous trouvions toujours chez M'""" de Léry une demi-douzaine d'amans, et ce n'étoit pas le quart des prétendants. Elle étoit vive, parlant avec facilité et agrémient, extrêm.em.ent amusante, et par conséquent médisante. Elle plaisantoit assez volontiers tous ceux qui l'entouroient ; mais elle déchiroit impitoyablement les absens, et les chargeoit de ridicules d'autant plus cruels qu'ils étoient plus plaisans. Il est rare que les absens trouvent des défenseurs, et l'on n'applaudit que trop lâchement aux propos étourdis d'une jolie femme. J'ai toujours été aFsez réservé sur cette matière ; mais l'homme le plus en garde n'est jamais parfaitement innocent à cet égard.
Un jour que M'"* de Léry tcumoit en ridicule le comte de Longchamp en son absence, je me piêtai
à la plaisanterie, sans rien dire de fort offensant pour lui. Comme elle ne l'aimolt point, elle n'eut rien de plus pressé que de recommencer devant lui la même plaisanterie, et de donner à ce que j'avois dit les couleurs les plus malignes. Il en fut piqué et ne le dissimula pas. j'étois absent, et M""* de Léry, voulant ou feignant de s'excuser, me cita pour avoir tenu les propos en question. Le comte de Longchamp, animé peut-être par un peu de rivalité, sans entrer en explication, me témoigna son ressentiment; j'y répondis comme je le devois, et lui promis satisfaction.
Nous nous trouvâmes à minuit dans la place des Victoires ; nous mîmes l'épée à la main, et je n'eus que trop il' honneur de cette affaire, car le comte de Longchamp tomba percé de deux coups d'épée. Le claii- de lune qui nous rendoit aisés à reconnoître, mjon nom qu'il avoit prononcé dans la chaleur du combat, et sa mort qui arriva le lendemain, m'obligèrent à m'éloigner, pour laisser à mes amis le soin d'arranger celte affaire. Rien n'approche du dépit que j'éproiFv'ai d'être engagé dans une aussi malheureuse affaire pour la seule femme dent je n'avoJs rien obtenu.
je sortis de Paris bien convaincu que la coquette la plus sage est quelquefois plus dangereuse dans la société que la femme la plus perdue, je me rendis d'abord à Calais, où étoit mon régiment,