‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 33 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

et, après y avoir arrangé quelques affaires, j^ passai en Angleterre.

Le vrai mérite des Anglois avec leur juste critique seroit la matière d'un ouvrage qui pourroit être agréable et singulier ; pour moi, qui ne parle que des femmes, je continuerai le récit de mes aventures avec elles.

Le duc de Somerset, que j'avoîs connu à Pans, me présenta au roi. Ce prince m.e reçut avec sa bonté naturelle ; j'eus même 1 honneur de souper avec lui chez M"'^ de Candale, sa maîtresse. J'allai quelquefois au triste cercle de la cour ; je fus pr:é à dîner chez toutes les personnes de marque, et je fus fort étonné de voir la maîtresse de la maison et toute? les femmes sortir de table au fruit.

je demeurois avec les hommes à toster et entendre parler politique, je fus admis aux conversations des dam.es et reçu dans les cabarets avec les hommes. je me prêtai d'abord aux mœurs angloises. j appris la langue ; je convins du frivole dont on nous accu':e, et je réussis assez pour un François.

Les plaisirs des Anglois en général sont tournés du côté d'une débauche qui a peu d'açrrément. et leur plaisanterie ne nous paroîtroit pas légère. L-^s ff^mmes ne sont pas, comme en France, le principal objet de l'attention des hommes et l'âme de la société.

Te fis connaissance avec milady B***. Elle étoit parfaitement bien faite, et sa fierté, jointe à un

grand air de dédain, après rn'avoir révolté, îtjo piqua.*Je sentis qu'il falloit se conduire avec art, et cacher mes véritables sentimens à une femme d'un tel caracicre, je commençai par chercher à mériter sa conver?aticn, en retranchant les bagatelles qui sont nécessaires auprès de nos Françoises. je cherchai la simple expression du sentiment, je lui donnai un air dogmatique, et bientôt milady B*'^* prit plaisir à s'entretenir avec moi. I^ première faveur qu'elle m'accorda fut celle de me parler françois, ce qu'elle n'avoit pas encore voulu faire ; mais elle n'en conseiva pas moins son air froid et imposant, je ne lui m.arquois point d'empressemens ; je sentois qu'ils ne convenoient pas, surtout ne la voyant jamais en particulier.

je passai plus de trois mois sans retirer d'autr-e fruit de mes soins que celui d'être souffert et de ne point voir de rival ; je n'osois lui témoigner combien l'indifférence avec laquelle elle me voyoït arriver ou sortir des endroits où je la rencontrois m étoit insupportable : je n'avois pas encore acquis le droit de me plaindre.

j'étois enfin au moment de tout abandonner, quand un de mes gens v^nt me dire un matin qu'un cocher de place demandoit à ms parl'ur. Ce cocher me dit qu'une femme m.'attendoit dans son carrosse à la porte Saint- james. je m'y rendis, ne comprenant pas quelle affaire pouvoit m.'attirer un pareil rendez-vous; mais que'lle fut ma surprise, en ouvrant

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