‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 34 sur 45 · PREMIÈRE PARUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARUE

la portière, de trouver miiady B***, cachée dans ses coifiçs, qui m'ordonna de monter ; je lui obéis. Elle dit au cocher de nous conduire dans Tendroit qu'elle lui avoit indiqué. Je voulus lui parler, elle m'imposa silence, tt nous arrivâmes dans, la Cité, où nous entrâmes par une petite porte dans une maison dont ircxtérieur étoit fort simple. Nous passâmes dans un appartement magnifique, dont elle avoit la clef, je lui témoignai ma vive reconnoissance, et je vis qu'elle en recevroit toutes les marques que l'amour peut en donner.

(( Vous devez sans doute être étonné, me du-elle, de la démarche que je fais aujourd'hui ?

— Je vcudrois, lui répondis-je, la devoir à l'amour.

— Soyez content, me dit-elle, je vous aime depuis longtemps.

— Vous m'aimez ! repris-je avec vivacité ; comment ne m en avez-vous nen témoigné? Que vous m'avez fait souffrir !

— Ne parlons point du pas:5, reprit-elle ; j'ai examiné votre conduite ; je me suis dit à moi-même plus que vous ne n'aunez o-^é dire : vous devez en être convaincu par la démarche que je fais. Ma fer tune et ma vie sont entre vos mains. »

je proftai d'un aveu si favorable, -^t je trouvai cette beauté, qui m*a\'oit paru si froide et si ficre en public, si vive et si emportée dans le tête-à-tête que j'avois peine à me persuader de mon bonheur.

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Nous nous séparâmes après toutes les protestations de fidélité, telles que des aniis sincères les peuvent prononcer, c'est-à-dire dégagées de tout le langage froid et puéril de la galanterie.

« Nq vous attendez pas, rne dit^elle, qu&-jc vous donne jamais en pubhc le moindre témoignage de tout ce que vous m'avez inspiré. Si vous voulez continuer à m.e plaire, soyez aussi réservé dans le monde que s'il ne s'étoit rien passé entre nous. J'en jugerai ce scir, ajouta-t-elîe, au cercle où je compte • vous voir, et ne pas même vous regarder. Laissez donc agir mes senlimens, que rien ne peut changer. C'est à moi de vous instruire des jours où je pourrai vous voir, soit ici, soit ailleurs. Je me charge de vous écrirs et de vous faire rendre mes lettres ; vous n'aurez que des réponses à me faire. »

Nous vécûmes quelque tem.ps sans la moindre altération dans notre commerce ; mais la jalousie vint le troubler. Une Françoise de mes parentes fut atiiiéc à Londres pour quelques afîaires ; elle devint pour Milady un sujet de jalousie, dont l'effet mérite d'être rapporté.

Elle ne me fit aucun reproche ; je remarquai seulement en elle un air plus scm.bre et plus farduclie. Loin de chercher à me ramener par des reproches, ou par une pîus grande vivacité, ou par des ridicules jetés sur l'objet qui lui dépîaisoit, elle évita même de le nommer. Pour moi, qui n'avois rien à me rjrproclier, et qui ignorois les soupçons de

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