‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 40 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

trois ou quatre ouvrages qui m'a'^^oicnî paru, ain:! qu'au public, au-dessous du médiocre, je résolus donc de me conduire à l'avenir en conséquence de cette <lécouverte.

Ce qui me rendit encore plus complaisant pour le sentiment de M'"" de Tonins fut ceux qu'elle m'inspira. Sans être absolument jeune, elle étoit encore aimable ; d'ailleurs, la considération où eiie vivoit, quoique assez peu méritée, étoit ce qui piquoit mon goût.

L'opinion nous détermine presque aussi souvent que l'amour.

Mme de Tonins étoit à la mode, ci dès lors elle me paroissoit charmante. Le respect que l'on avoit pour elle ne laissoit pas de m'inpcscr, et je fus un peu embarrasé sur ma démarché : je pris enfin mon parti. J'arrivai un jour chez elle de si bonne heure que je la trouvai seule, et je lui déclarai mes sentimens.

M""* de Tonins ne fut ni offensée ni embarrassée de ma déclaration.

u Je n'emploierai point avec vous, me dit-elle, la dissiiiiulaticn si ordinaire aux fcmmees en pareille occasion ; je suis sensible à votre hommage. Votre figure me plaît, j'estime votre caractère, et votre esprit m'am.use ; mais, avant d'écouter vos sentimens, il faut que vous soyez instruit des miens, et c'est déjà vous donner une très grande marque de confiance.

« II y a deux choses auxqueiies je suis également sensible, et que je prétends concilier, quoiqu'elles paroissent irialliables, le piai-;ir et 'la considération. Par le genre de vie que j ai embrassé, je me suis fait d'avance une rciraiîe honorable, lorsqu'il ne me sera plus permis de prétendre ni à là jeunesse ni à la beauté.

(( Une femme n'a point alors d'autre parti à prendre que le bel esprit ou la dévotion. Le dernier parti est trop contraire à mon goût, et je ne le souliendrois pas ; au heu qu'en embrassant celui du bel esprit, je puis jouir dès aujourd'hui de la considération, sans être obligée de renoncer aux plaisirs, dans lesquels je veux apporter toute la décence possible. Il y a peu de femmes qui ne fussent flattées de votre hommage, et peut-être n'en fissent gloire ; pour moi, en prenant un amant, je n'en veux pas Téclat. ))

J'approuvai 1-e plan de Mme de Tonms ; ]e me jetai à ses genoux, et je lui promis une discrétion inviolable, si elle m'accordoit ses bontés.

« Doucement, monsieur, me dit-elle, il faut que vclre conduite me prouve vos sentimens. »

Dans ce moment il arriva du monde, et je sortis. J'allai quinze jours de suite chez Mrne de 1 orins sans pouvoir vaincre sa résistance. El Le crut à la It-h mon ar-îour si sincère qu'elle con:entit à me rendre heureux. Nous vécûmes ensemble, dans le plus grand mystère, pendant plus d'un mois ; la société

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