‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 6 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de meilleure grâce que l'on n'eût dû l'attendre d'un enfant qui n'avoit aucun usage du monde. Cependant, je commençois à sentir des désirs que je n'osois témoigner, et que je ne démêlois qu'imparfaitement. J'avois lu quelques romans, et je me crus amoureux.

Le plaisir d'être caressé par une femme aimable, et l'impression que font sur un jeune homme des diamans, des parfums, et surtout une gorge qu'elle avoit admirablement belle, m'échauffoient l'imagmation ; enfin, tous les airs séduisans d'une femme à qui le monde a donné cette liberté et cette aisance que l'on trouve rarement dans un ordre inférieur me mettoient dans une situation toute nouvelle pour m.oi. Mes désirs n'échappoient pas à la marquise, elle s'en apercevoit mieux que moi-même, et ce fut sur ce point qu'elle voulut entreprendre mon éducation.

(( L'amour, me disoit-elle, n'existe qu'S dans le cœur ; il est le seul principe de nos plaisirs, c'est en lui que se trouve la source de nos sentimens et de la délicatesse. » Je ne comprenois rien à ce discours, non plus qu'à cent mille autres mêlés de cette métaphysique qui régnoit dès lors dans le discours, et qui est si peu d'usa?[e dans le commerce. J'étois plus content de petites confidences sur lesquelles elle éprouvoit ma discrétion ; j'en étois fîatté, un jeune homme est charmé de se

croire quelque chose dans la société. Elle me faisoit ensuite des questions sur la jalousie.

La marquise, sous prétexte de m'mstruire, voulloit savoir si je n'avoi's aucune idée sur un homme assez aimable qui étoit venu avec elle, et que je sus, depuis, être son amant ; mais, quoiqu'il eût au plus quarante ans, je le jugeois si vieux que j'étois bien éloigné d'imaginer qu'il eût avec elle d'autre liaison que celle de l'amitié. Il en avoiî pourtant une des plus intimes ; il est vrai que dans ce moment, elle le gardoit par habitude, et que, par goût, elle me destinoit à être son successeur, ou, du moins, son associé : aussi, quand je lui demandai pourquoi il lui tenoit quelquefois des discours aigres et piquans que je n'avois pas pu m 'empêcher de remarquer, elle se contenta de m.e d.re qu'ayant été intime ami de son mari, l'amitié lui avoit conservé ces droits. Cette réponse me satisfit, et ma curiosité n'alla pas plus loin.

Elle me reprochoit quelquefois de n'avoir pas assez de soin de ma figure, et, quand je revenois de la chasse, sous prétexte d'en réparer les désordres, elle passoit la main dans mes cheveux, elle me faisoit mettre à sa toilette, et vouloit elle-même me poudrer et m'ajuster. Comme elle coloroit toutes les caresses qu'elle me faisoit de l'amitié qu'elle avoit pour ma parente et des liaisons qu'elle avoit avec toute ma famille, je ne m'attribuois aucune •de se^ bontés, et j'ai .souvent pensé depuis à l'im-

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