‹ Les confessions du comte de*** [par] Ch.P. Duclos [Pref. de Henry Frichet.]Chapitre 7 sur 45 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

patience qu-e je devois lui causer. Cependant elle se contraignoit, elle craignoit de s'exposer aux ridicules que pouvoit lui donner un amour qui, par la disproportion de nos âges, devoit être regardé comme une folie. D'ailleurs, elle savoit que son amant étoit clairvoyant : elle n'auroit pas été fort sensible à sa perte, mais elle craignit l'éclat d'une rupture.

Ces réflexions rendirent la marquise plus réservée avec moi ; je m'en aperçus, je lui en fis quelques reproches plus remplis d'égards que de sentiment. Pour me consoler, elle me dit que je la verrois à Paris, si je continuois à la laisser se charger du soin de ma conduite, et me promit un baiser toutes les fois que j'aurois été docile à ses leçons.

Lorsque nous fûmes de retour à Paris, j'allai la voir. Elle ne parfla, dans les deux ou trois premières visites, que des choses qui pouvoient regarder ma conduite. Elle voulcit, disoit-elle, être ma meilleure amie.

Un jour elle me dit de la venir voir le lendemain sur les sept heures du soir. Je n'y manquai pas, je la trouvai sur une chaise longue, appuyée sur une pile de carreaux. On respiroit une odeur charmante, et vingt bougies répandoient une clarté infinie ; mais toute mon attention se fixa sur une gorge tant soit peu découverte. La marquise étoit dans un déshabillé plein de goût, son attitude étoit disposée par le désir de plaire et de me rendre plus hardi.

Frappé de tant d'objets, j'éprouvois des désirs

d'autant plus violents que j'étois occupé à les cacher. Je gardai quelque temps le silence, je sentis qu'il étoit ridicule, mais je ne savois comment le rompre.

— Etes-vous bien aise d'être avec moi? me d.t Ha marquise.

— Oui, madame, j'en suis enchanté, répondis-je avec vivacité.

— Eh bien, nous soupcrons ensemble, personne ne viendra nous interrompre, et nous causerons en liberté.

Elle accompagna ce discours du regard le plus enflammé.

— Je ne sais pas trop causer, lui dis- je, mais pourquoi ne me permettez-vous pas de vous embrasser comme à Ha campagne?

— Pourquoi ? reprit-elle : c'est que, lorsque vous avez une fois commencé, vous ne finissez point.

Je lui promis de m'arrêter quand elle en seroit importunée, et, son silence m'autorisant, je la baisai, je touchai sa gorge avec des plaisirs ravissans, mes désirs s'enflEunmoient de plus en plus.

La marquise par un tendre silence autorisoit mes actions ; enfin, parcourant toute sa personne à mon gré et voyant que l'on n'apportoit aucun obstacle à mes désirs, je me précipitai sur elle avec toute la vivacité de mon âge, qui étoit plus de son goût que l'amour le plus tendre.

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