‹ Les confessions: souvenirs d'un demi-siècle, 1830-1880 (volume 2)Chapitre 11 sur 14 · DE QUELQUES PORTRAITS · texte numérisé non relu

DE QUELQUES PORTRAITS

/"^ ùand on écrit un roman, c'est peut-être un tort V^ d'y vouloir des gravures. Il faut laisser à chaque lecteur le plaisir de peindre lui-même, selon ses aspirations et ses sentimens, les figures que le romancier évoque sous ses yeux. Tout lecteur a son idéal. Si l'héroïne est belle, si elle est passionnée ou sentimentale, rêveuse ou ironique, impeccable ou voluptueuse, c'est à lui de chercher sur la palette de son imagination toute la gamme des couleurs et des expressions. Il n'en est pas de même des historiens ni du mémorialiste, puisqu'il doit frapper par la vérité. Le lecteur serait mal •venu, s'il veut connaître l'histoire, à y dessiner luimême des figures de fantaisie. Je me suis donc évertué à donner à ces six volumes les physionomies des personnages de mon siècle. Chaque portrait est à la fois l'esprit de l'homme et le caractère de l'époque. J'ai dit ailleurs que chaque époque créait des types à son image.

J'ai recherché pour la gravure les portraitures les plus vraies ; les dernières que j'ai retrouvées m'arrivent un peu tard, je ne puis les donner qu'à la fin de ce sixième volume, un peu à l'aventure. Je commencerai par Théophile Gautier tout jeune, au temps où il était fou de Julia Grisi. Je les place en regard l'un de l'autre.

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On sait que Julia Grisi le renvoya à Cadotta Grisî, qui le renvoya à Ernesta Grisi, fort à propos, car c'était la meilleure. Avec elle, il eut deux filles, dont l'une a la beauté junonienne, l'autre le profil affiné d'une nymphe de la Renaissance.

Le hasard m'a permis d'acheter le portrait d'un de

nos maîtres du romantisme. Ne reconnaissez-vous pas lord Byron > Lui aussi est là dans sa première jeunesse. N'est-ce pas à côté de lord Byron qu'il faut accrocher à un clou d'or le portrait d'Eugène Delacroix à ses premiers chefs-d'œuvre, quand il traduisait lord Byron par

des peintures fulgurantes, car Eugène Delacroix est encore le meilleur traducteur de lord Byron.

Sur la page destinée à Eugène Delacroix, Corot ne peut faire que très bonne figure, car il a été le poète du paysage, comme Eugène Delacroix a été le peintre des poètes.

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