ALPHONSE KARR ARSÈNE HOUSSAIE
Le moniie et le demi-monde
Tout s'en va. Le demi-monde a tué le monde; le tohu-bohu a tué ie demi-monde.
Ce qui désoriente le physiologiste, le psychologue, le féministe, c'est que plus nous nous élevons dans la civilisation, plus nous habillons notre âme. Quand les femmes n'étaient vêtues que de leur pudeur, elles ne songeaient pas à mettre des robes à leurs sentimens. C'est peut-être cette obstination de la femme civilisée à voiler son âme qui nous fait rechercher à certains jours la compagnie des courtisanes, car la plupart ne font pas de façons pour se laisser lire à livre ouvert. Ceci n'est-il pas un peu l'explication de l'amour des anciens philosophes pour les Aspasies et les Phrynésî' Aujourd'hui que nous sommes à notre olympiade la plus clairvoyante, sinon la plus radieuse, beaucoup d'entre nous trouvent tout naturel d'être de la mauvaise compagnie des femmes, non par désordre d'esprit, mais par recherche de la vérité.
Si on en croyait les gazettes — chapitre des échos — on ne douterait pas que l'aristocratie ne fût plus radieuse que jamais par Tannonce des mariages, des naissances, des baptêmes et des enterremens qui se disputent les nouvelles du jour ; mais, pour ceux qui savent lire, combien d'herbes folles ont poussé vertement dans le camp des Croisés. Pour un vrai nom héraldique qui éclate sous les soleils couchans du passé, combien de marquis, de comtes et de barons dont on n'avait jamais entendu parler ni à Fontenoy ni à Austerlitz!
Monsieur Ollivier de Jalin a la douleur de vous faire part de la perte cruelle qu^il vient défaire en la personne de sa demi-mondaine :
Madame la baronne d'Ange qui a fait prononcer son divorce contre le baron d^Ange et qui vient de se remarier avec le comte Alphonse de Gamahut,