CONSEILS A UN POETE EN HERBE
Plus cC un jeune écrivain
Xain, Dédaignant V humble prose,
Ose, Pour se faire imprimer,
Rimer Des vers que sa servante
Vante.
Mais qu'en sort-il souvent?
Du vent.
Lui seul est de son livre
Ivre; Ses vers, trois Jours au plus
Lus, Seraient sans leurs vignettes
Nettes, A Jeter aux charbons
Bons.
Et, voyant son libraire
Braire, De dépit le rimeur
Meurt. Veux- tu faire merveille?
Veille.
N\is-tu pas à vingt ans
Tems?
Crois-moi, mon cher Houssaye,
Essaye.
Ainsi F écrivain prend
Rang.
lents perdu ^^
J'avais emporté à Paris un roman ébauché et tout un re ueil de vers, que dis-je) une tragéd.e; mats des que je me sentis sur le point de me rtsquer dans la mêlée littéraire, j'eus le bon esprit de me recue.lhr e d retremper mes armes, comme ces aspirans qui. a la salle d'armes, regardent les coups de maître avant de ferrailler enx-mémes. J'aurais voulu attendre plus long- L. mais la faim qu, fait sortir les loups hors du bo, précipite trop les hommes de lettres dans les hasards de débuts. Ils montrent le défaut de la cuirasse avan de montrer leur force. Je n'y échappai potnt en pubUa ;., Couronne de Heuets. Heureusement ,e fus sau%e péril parce qu'au lieu de trouver en moi un .m.tateur, on me reconnut, vaille que vaille, une origtnalite.
La toile de Pénélope
r- odefroy Cavaignac me présenta à Armand Carrel (j un jour que nous allions déjeuner ensemble chez ^^de Corancl; il voulait que je me fisse les gnffes dans le National En ce tems-là c'était la trtbune de ^opposition, contme le Journal des Débats e.a.t la t„bune du gouvernement.
Nous nous étions rencontrés au cloître Samt-Mery, Cavaignac ne doutait donc pas de mes senUmens r publicains; mais j'en doutais -»',--;">^' /^/".^^ei n'avais de passion que pour la république des lettres^
L'autre me semblait une terre promise --^'^"'^tu jamais. Je voulais aborder. Toutefois,, e donnai un jour
un article à Cavaignac pour qu'il le remît à Carrel, mais Cavaignac me dit tout de suite : « Vous êtes un rêveur, vous vivez dans la république de Platon et non dans la république de 1792. » Mon tort, aux yeux de Cavaignac, était de ne pas vouloir me retourner en arrière. Les idées de Saint-Simon m'avaient dévoilé un monde nouveau que je ne voyais pas dans l'horizon du National. Je jetai mon article au feu, bien décidé à ne plus tenter ces chimères. Mais je n'en avais pas fini avec les aspirations vers le gouvernement des esprits. Ceux qui ne savent pas conduire leur vie sont surtout ceux qui veulent conduire les nations.
Aujourd'hui nul n'a le droit absolu de vivre en dehors des hommes, parce que la lumière s'est faite sur les devoirs ; il n'y a pas de douleur humaine, fût-ce au bout du monde, qui n'ait son contre-coup en France. Autrefois on enchaînait la fraternité aux frontières, aujourd'hui elle franchit tout de ses ailes de flamme. C'est que tout homme, même le plus sceptique, même le plus emprisonné dans son moi, a l'inquiétude de l'idée du bien devant l'ennemi toujours armé qui s'appelle le mal. Aussi tous les grands esprits regardent avec quelque pitié le travail de la politique dans les divers États. C'est la toile de Pénélope. On fait et on défait sans avoir l'air de comprendre que la loi irrévocable du monde nous condamne à la douleur et au sacrifice en même tems qu'elle nous octroyé les joies de l'amour et de l'idéal : ce qui prouve que nous avons une âme et que cette âme est immortelle. Pourquoi le mal semble-t-il victorieux sur le bien? Pourquoi Dieu a-t-il permis ce combat éternel? Pourquoi le Christ, ce symbole de tout amour et de tout sacrifice, a-t-il crié à Jéhovah : « 0
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mon père, tu abandonnes ton fils! » Nul ne répondra.
S'il était permis de comparer les grandes choses aux petites, on dirait que c'est l'histoire d'un drame dont on ne sait pas le dénouement. Vainement on se demande la raison d'une scène de sang, d'une scène de larmes. Ce n'est qu'à la chute du rideau qu'on commence à comprendre, et alors l'auteur dit son nom. Il y a encore des critiques après la pièce comme pendant la représentation, mais qui ne changent rien à l'œuvre. Ce qui est écrit là-haut est écrit. Voilà pourquoi , tout en prêchant la fraternité, comme l'Évangile, il faut prêcher aussi la résignation. On aura beau se réfugier dans l'athéisme et arracher toutes les énigmes de la scienée, on ne fera pas marcher l'humanité plus vite vers ses destinées.
Le diid de Pierrot
Le premier journal où j'écrivis n'avait qu'un abonné. 11 s'appelait l.r Renommée, mais il ne la donnait pas. Grand et beau journal, d'ailleurs, paraissant tous les matms comme le Soleil. 11 n'était rédigé que par des inconnus comme moi, ce qui n'empecnait pas ce papier politique et littéraire d'être prôné à outrance par un mien ami, — ami de cigares, — qui s'appelait Georges Dumay. C'était un méridional miatué et tapageur, surnommé la mouche du coche. Il prenait le matin une infusion de l'abbé de Saint-Pierre et de Joseph de
Maislre pour servir un second premier Paris. Il croyait déjà gouverner l'opinion publique, cette révoltée qui ne le connaissait pas.
11 m'avait conduit, avec une allure donjuanesque, chez des modistes de la rue de Provence, où la plus jolie, une Bordelaise, s'était prise à mes cheveux blonds, tandis qu'il était tombé sous la main d'une grande demoiselle surnommée La Guêpe, qui lisait George Sand et qui forçait Don Juan à jouer au Werther.
C'était au tems du carnaval. Un soir, nos deux poupées nous donnent rendez-vous au bal de l'Opéra-Comique. Nous anivons déguisés en pierrots. Elles nous ménageaient une forte surprise : ces deux folles s'étaient déguisées en Vénus et en Amour. Dès notre entrée, nous voilà assaillis. L'Amour, c'était le mien. Il n'y eut qu'un cri d'admiration. Mais à la vue de cette Vénus ridicule, un vrai carême dans le mardi-gras, je déclarai que je n'étais plus de la fête, car il fallait danser, valser et souper en sa compagnie. J'entraînai Cupidon.
Mais à la fin du bal nous nous retrouvâmes. Mon ami me dit que c'était une injure à Vénus; il le prit de plus haut que jamais. Je saisis, pour le souffleter, une flèche dans le carquois de l'Amour; mais il ne voulut pas rire: il déchira son gant pour riposter. « Monsieur, lui dis-je, nous nous battrons. — Oui, s'écria-t-il, à l'instant même. — Tudieu ! Monsieur, où est le Pré-aux-Clercs ? Vous me laisserez bien le tems de reconduire l'Amour dans sa mansarde, quand l'Amour voudra s'en aller. »
Il ne voulait pas m'accorder une heure. « Non, dit-il, je vous donnerai un coup d'épée et j'irai déjeuner après. » C'était du plus pur talon rouge. « Et les témoins, Monsieur? — Pâques-Dieu! Nous irons dans
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l'atelier de votre ami Contant : il y a des épées ; on doit y souper; nous y trouverons des témoins. — Après cela, repris-je, n'avons-nous pas Vénus et l'Amour? M. de Cupidon sera mon témoin, n'est-ce pas madame Vénus? »
L'Amour et Vénus voulaient s'amuser, mais cette querelle ridicule tournait au tragique, parce que malgré mes railleries, ou à cause de mes railleries, Georges ne voulait pas rire du tout. Au lieu de descendre sur le champ de bataille de la danse, nous montâmes à l'atelier de mon ami Contant, un décorateur de l'Opéra et du Vaudeville. Il n'y avait pas âme qui vive, mais on y trouva des épées.
Vénus et l'Amour ne pouvaient pas croire que nous ferions la folie de nous couper la gorge; mais à peine dans l'atelier, mon adversaire, impatient, jeta l'habit bas et se mit en garde, épée menaçante et yeux flamboyans. Je n'étais pas très content, parce que je jugeais que, dans sa folie furieuse, il était capable d'un mauvais coup. Mais je me mis bientôt à son diapason, parce que M™* Vénus, fière de son amant, me regarda avec une vague expression de pitié. « Faites-lui des excuses, me dit-elle. — Des excuses! je n'en ferais même pas si je vous avais dit que vous êtes belle. » Dans un duel, la colère aimante les épées; l'acier attire l'acier comme le paratonnerre attire la foudre. Dès qu'on voit la lame de son adversaire, on est pris par la fureur du combat. Je rompis et je frappai à tort et à travers, croyant que l'autre me jouerait le jeu classique. Il fut quelque peu dérouté, mais il se déroba avec beaucoup d'art. Et moi j'allais toujours en aveugle, abusant de ma taille; voilà que tout à coup l'Amour s'écria : « Du sang! » J'avais atteint mon adversaire au bras, mais il m'avait
coupé le pouce. J'en garde encore rudement la marque. Georges Dumay prit une pose sublime, à peu près comme le dernier Horace revenant seul dans son triomphe. « Ce n'est pas la peine, lui dis-je. En garde ! »
Mais la Vénus se jeta sur l'Amour. Ce fut tout un charivari de cris, de larmes, de rires et de prières.
C'était le duel de Pierrot avant la lettre. Gérôme l'a peint mieux que moi.
Ces belles amours n'ont duré que l'espace d'un matin. M'"* Vénus, bientôt abandonnée par Georges Dumay, alluma le charbon fatal et se manqua, — parce qu'elle regardait par la fenêtre si son amant ne revenait pas. — Celle qui s'était déguisée en Cupidon partit pour la Russie, d'oîi elle m'écrivit de lui envoyer de quoi revenir en France : Je ne réponds jamais à ces lettres-là — par principes,
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