‹ Les confidences d'une aïeule, 1788-1863Chapitre 2 sur 21 · IS LES CONFIDENCES · texte numérisé non relu

IS LES CONFIDENCES

inspiration . il se mit à déclamer une sorte d'hymne à la nature et à l'amour. Nous ne pûmes nous empêcher, le marquis et moi, de nous resfarder en souriant comme deux augures.

Le souper fut plus animé que les autres jours. Le marquis ne se ressemblait plus. Je lui trouvai des façons libres et un esprit méchant qui me plaisaient. Il me manquait toutefois quelque chose que je n'aurais su définir. Au sortir de table, je trouvai moyen de m'esquiver quelques instants, .l'allai sans savoir oii, par les couloirs, et je finis par sortir dans le jardin. Il faisait nuit noire. Je faillis crier de peur quand je me sentis saisir la main. C'était Henri.

— Emilie, me dit-il tout bas, mais de si près que je sentais son souftle sur mon visage, nous nous sommes embrassés bien des fois... c'est donc tout à fait autre chose, quand, au lieu de baiser la joue d'une femme ou son cou, — tu sais, derrière l'oreille, — on s'applique la bouche contre sa bouche?...

Et je sentais la sienne si proche, qu'en vérité, si seulement j'eusse fait la moue, je l'eusse atteinte. Je souris, reconnaissant dès lors toute la supériorité que j'avais sur cet enfant : « Grand innocent! » lui dis-je, et, sans hésiter, je lui enseignai sur l'heure ce que je venais d'apprendre.

D'UNE aïeule. 19

Ses baisers avaient mille fois plus de saveur que ceux du marquis. Je pense que les miens ne le dégoûtaient pas non plus. Il balbutiait mon nom comme un fou, et. quand je voulus me dégager de lui, j'y eus toutes les peines du monde. Lorsque je rentrai dans le salon, je revis mon fiancé avec plus de plaisir, et je regrettai fort de ne lui pouvoir faire comprendre que je lui avais déjà des obligations inflnies.

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