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CHAPITRE DEUXIÈME

L ORIGINE DU CHRISTIANISME. — SA TRANSFORMATION AU MO- MENT OU IL s'empare du POUVOIR CIVIL. — SES RAPPORTS AVEC LA SCIENCE.

Situation religieuse de la République romaine. — L'impérialisme conduit aa monothéisme. — Le chrislianisme se répand dans l'Empire. — Les conditions dans lesquelles il s'empare du pouvoir civil, font une nécessité politique de sa fusion avec le paganisme. — Description faite par TertuUien de ses doctrines et de ses pratiques. — La suprématie de Constantin a pour résultat de l'abaisser. — 11 s'allie avec les empereurs et les rois. — Son incompatibilité avec la science. — Destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, et condamnation de la philosophie. — Exposé de la philosophie de saint Augustin et de la patristique en général. — Les Écritures sont érigées en critérium de la science.

Au sens politique, le christianisme est le legs que l'empire romain a fait au monde.

A l'époque de transition où Rome passa de la forme républicaine à la forme monarchique, tous les pays indépendants qui s'étendaient sur les rivages de la Méditerranée, avaient été soumis à son pouvoir centralisateur ; La conquête n'avait pas été pour eux un malheur ; elle les avait délivrés des guerres éternelles qu'ils se faisaient les uns les autres et avait remplacé les misères attachées à un conflit sans fin par les bienfaits de la paix générale.

Non-seulement comme un signe visible de ses conquêtes et de sa domination, mais comme autant d'orgueilleux trophées, la Répu- •blique victorieuse avait apporté à Rome les dieux des peuples vaincus. Avec une dédaigneuse tolérance, elle permit qu'ils fussent tous

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adorés. La haute autorité dont chaque divinité particulière avait joui dans son pays disparut au milieu de la foule des dieux et des déesses venus de tous les coins du monde. Déjà, comme nous l'avons vu, les découvertes géographiques et la critique philosophique avaient profondément ébranlé la foi des anciens âges. La politique romaine acheva de la détruire.

Les rois aussi avaient disparu; les dynasties particulières des royaumes conquis avaient fait place à un empereur universel. Considérant Tétroite liaison qui a toujours existé entre les idées religieuses, il était naturel que le polythéisme manifestât une tendance à se réduire au monothéisme.

En conséquence, on commença à rendre les honneurs divins, d'abord à Tempereur mort, et, pkis tard, à l'empereur vivant.

La facilité avec laquelle on créait ainsi des dieux eut un puissant effet moral. A mesure qu'on en faisait de nouveaux, le ridicule se répandit sur les anciens. Les incarnations en Orient, * les apothéoses en Occident peuplaient rapidement l'Olympe. Là les dieux descendaient du ciel et prenaient la forme humaine ; ici, ils s'élevaient de la terre et prenaient rang parmi les dieux. Ce ne fut pas le scepticisme grec qui rendit Rome sceptique; les folies religieuses contribuèrent plus que le reste à saper la religion.

Toutes les classes de la société n'entrèrent pas avec une égale rapidité dans les idées du monothéisme. Les commerçants, les gens de loi. les militaires, qui, par la nature de leurs occupations, sont plus exposés aux vicissitudes de la vie et ont l'esprit plus ouvert, en furent, les premiers, frappés, tandis que les habitants des campagnes ne le furent que longtemps après eux*

Lorsque Tempire eut, au sens politique et militaire, atteint l'apogée de sa grandeur, il avait aussi, au point de vue religieux et social, atteint le comble de l'immoralité. Il était devenu profondément épicurien. Sa maxime favorite était que la vie doit être une fête dans laquelle la vertu n'entre que comme l'assaisonnement du plaisir, et la tempérance comme un moyen de durée. Des salles de festin ruisselantes d'or et de pierreries, des esclaves splendidement ornés, les séductions de femmes dissolues, des bains magnifiques, des spectacles et des combats de gladiateurs, voilà quels étaient alors les nobles objets de Tambition romaine. Les conquérants du monde en étaient venus à n'adorer plus que la force. La force suffisait à leur donner tout ce que lq§ hommes avaient gagné jadis par le travail et le commerce. La

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