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L'ORIGINE DU CHRISTIANISME

confiscation des biens et des terres, les contributions levées sur les provinces étaient le fruit des guerres heureuses et l'empereur était le symbole vivant de la force. L'éclat dont semblait briller la société romaine, n'était que les lueurs phosphorescentes qui s'échappaient du monde méditerranéen, effroyablement corrompu.

Dans une des provinces d'Asie, la Syrie, quelques hommes d'humble condition s'étaient associés dans un but de charité et de religion. Leurs doctrines étaient en harmonie avec ce sentiment de fraternité universelle né de la parité de la situation entre les royaumes conquis. C'étaient les doctrines enseignées par Jésus.

Le peuple juif gardait alors la croyance fondée sur de vieilles traditions en un Sauveur qui devait naître parmi lui et rétablir son ancienne splendeur. Les disciples de Jésus le prirent pour le Messie longtemps attendu. Mais les prêtres crurent qur les doctrines qu'il enseignait étaient contraires à leurs intérêts., et ils le traduisirent devant le gouverneur romain, qui, pour les satisfaire, le livra avec répugnance à la mort.

Les préceptes de charité et de fraternité humaine qu'il avait enseignés survécurent à cet événement. Les disciples, au lieu de se disperser, s'organisèrent. Ils s'associèrent sur la base du communisme, chacun mettant dans la communauté ses biens et ses gains. Les veuves et les orphelins étaient soutenus, les pauvres et les malades secourus. Ainsi naquit une société nouvelle et toute-puissante, l'Eglise : nouvelle, car rien de semblable n'avait existé dans l'antiquité ; puissante, car les églises particu^ lières, d'abord isolées, ne tardèrent pas à se fédérer dans un intérêt mutuel. C'est par cette organisation que le crfiristianisme a obtenu tous ses triomphes politiques.

Ainsi que nous l'avons dit, la domination militaire de Rome avait produit la paix universelle et engendré un sentiment de fraternité chez les nations vaincues. Les conditions étaient propices à la diffusion rapide du nouveau principe chrétien à travers l'empire. Parti de la Syrie, il s'étendit bientôt dans l'Asie Mineure , Chypre, la Grèce, l'Italie, et pénétra même jusque dans les Gaules et la Grande-Bretagne.

Des missionnaires qui se répandirent dans toutes les directions à la fois, hâtèrent sa propagation. Aucune des anciennes philo- Bophies ne s'était prévalu d'un pareil moyen.

Les conditions politiques déterminèrent les limites de la nou*

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vclle religion. Elles furent celles de l'empire romain. Rome où Ton prétend que mourut Pierre, et non Jérusalem où, incontestablement, notre Sauveur était mort, devint la capitale religieuse. Mieux valait s'établir dans la ville impériale aux sept collines que sur les hauteurs de Gethsémani et du Calvaire, malgré leurs souvenirs sacrés.

Pendant plusieurs années, le christianisme se montra sous trois aspects : Le respect de Dieu ; la pureté de la vie ; la charité envers ses frères. Dans ses jours de faiblesse, il ne fit de prosélytes que par la persuasion ; mais, à mesure qu'il croissait en nombre et en force, il commença à manifester des tendances politiques, à vouloir former un état dans l'État, un empire dans l'empire. Ce sont là les résultats logiques de son développement. Les empereurs romains, s 'apercevant que ce système était incompatible avec le système impérial, entreprirent de détruire le christianisme, fidèles en cela à l'esprit de leur gouvernement militaire, lequel ne connaissait d'autre moyen que la force pour produire l'uniformité.

Pendant l'hiver de 302 à 303, les soldats chrétiens des légions refusèrent de s'unir aux rites solennels institués de temps immémorial en l'honneur des dieux. La révolte se propagea si rapidement, le cas était si pressant, que l'empereur Dioclétien tint <5onseil pour décider de ce qu'il avait à faire. On comprendra la difïîculté de la situation quand on saura que la femme et la fille de Dioclétien étaient chrétiennes. C'était un homme de grands talents et qui avait de grandes vues politiques. Il comprit que c'était une nécessité gouvernementale que de s'opposer aux progrès du parti nouveau ; cependant, il ordonna expressément qu'il n'y eût point de sang répandu. Mais qui peut arrêter les fureurs dos commotions civiles ? Nicomédie fut rasée jusqu'au sol. En représailles, le palais de l'empereur fut brûlé, et un de ses édits insulté et mis en pièces. Les officiers chrétiens qui servaient dans l'armée furent dégradés ; il y eut partout des massacres et des martyrs ; la marche des événements était tellement irrésistible que l'empereur, lui-même, ne pouvait plus arrêter la persé- •oution.

Il fut, dès lors, évident que les chrétiens formaient un puissant parti dans l'état et qu'indignés des atrocités qu'ils avaient souffertes, ils étaient résolus à ne pas les endurer davantage. Après l'abdication de Dioclétien (305 ap. J.-C), Constantin, un des compétiteurs au trône, comprenant l'avantage qu'il retirerait de cette

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politique, se mit à la tête du parti chrétien. Cela lui donna pour partisans dans tous les coins de l'empire, une foule d'hommes et de femmes qui lui devinrent dévoués jusqu'à la mort et lui assura la fidélité inébranlable de nombreux adhérents dans Farmée. Dans une bataille décisive livrée près dupont Milvien, la victoire prouva la justesse de ses calculs. La mort de Maximin, et bientôt après celle de Licinius, écarta devant lui tous les obstacles. Il s'assit sur le trône des Césars, premier empereur chrétien.

Quiconque entrait, désormais, dans la secte triomphante avait en vue les places, le profit, le pouvoir. Bien des gens mondains qui ne se souciaient guère de ses doctrines religieuses se montrèrent ses zélés défenseurs. Païens par le cœur, ils influèrent d'une façon manifeste surlapaganisation du christianisme. L'empereur, qui ne valait pas mieux qu'eux, ne fit rien pour s'y opposer. D'ailleurs, il ne se conforma lui-même aux prescriptions cérémoniales de l'Eglise que vers la fin de sa vie criminelle, laquelle arriva en l'an 337 de J.-C.

Afin de'mieux nous rendre compte des modifications survenues dans le Christianisme — modifications qui amenèrent, plua tard, un conflit avec la science — nous devons exposer par voie de comparaison, ce qu'il était au temps de sa pureté. Nous lo trouvons, fort heureusement, dans V Apologie de TertuUien ou Défense des chrétiens contre les accusations des Gentils, Cet ouvrage fut écrit à Rome pendant la persécution de Sévère. L'auteur l'avait adressé, non à l'Empereur, mais aux magistrats qui jugeaient les chrétiens accusés. C'est un sérieux et grave exposé, dans lequel se trouvent tous les éclaircissements possibles sur le sujet ; un compte-rendu des croyances et de la cause des fidèles^ fait dans la ville impériale, à la face du monde entier; un respectable document historique, et non un appel bruyant et passionné des prêtres .-Il a toujours été considéré comme un des meilleurs écrits des premiers siècles du Christianisme et remonte environ à l'an 300 après J.-C.

TertuUien entre dans son sujet avec une grande habileté. Il dit aux magistrats que le christianisme est un étr£.nger sur la terre et qu'il n'est pas étonnant qu'il trouve des ennemis dans un pays qui n'est pas le sien. Il demande seulement qu'on ne le condamne pas sans l'entendre et que les magistrats romains lui permettent d'exposer sa défense; il observe que les lois de l'em* pire recevront un nouveau lustre d'un jugement rendu après

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examen, mais non d'une sentence portée sans que la cause ait été entendue; qu'il est injuste d'avoir de la haine pour ce que nous ignorons, cet objet en fût-il digne; que les tribunaux romains jugent les actions, non les mots, et que pourtant on a vu condamner des hommes dont le seul crime était de porter le nom de chrétiens.

Il procède ensuite à l'exposition de l'origine, de la nature^ et des effets du christianisme, établissant qu'il est fondé sur les Écritures hébraïques qui sont les livres les plus vénérables qu'il y ait dans le monde. Il dit aux juges : c Les livres de Moïse dans lesquels Dieu a renfermé comme dans un trésor , toute la religion des Juifs, et, par conséquent, la religion chrétienne toute entière, remontent beaucoup au delà de vos plus vieilles annales, de vos monuments publics, de la fondation de votre état et de celle d'un grand nombre de cités antiques ; de tout ce que vous connaissez de l'histoire et de la tradition; de l'invention de l'écriture qui est la gardienne des sciences et de toutes les choses excellentes. J'oserai dire plus encore : ils remontent au delà du culte de vos Dieux ; au delà de vos temples, de vos oracles et de vos sacrifices. L'auteur de ces livres vivait mille ans avant le siège de Troie et plus de sept cents ans avant Homère. — Le temps est l'allié de la vérité et les liommes sages ne croient que ce qui est certain et ce qui a reçu la consécration des siècles. La principale autorité de ces Écritures, c'est leur antiquité vénérable. Le plus savant des Ptolémées, celui qui fut surnommé Philadelphe, un prince accompli, fit faire, par le conseil de Démétrius de Phalère, une copie de ces livres sacrés. Cette copie existe aujourd'hui dans sa bibliothèque. L'inspiration de ces livres est prouvée par ceci : que tout ce qui s'est accompli de nos jours y avait été prédit. Ils renferment, à l'état de prédictions, tout ce dont les hommes ont été, depuis, témoins.

€ L'accomplissement d'une prophétie n'est-elle pas la mesure de sa vérité ? Quand nous voyons que les événements passé ont accompli les prophéties, nous blâmera-t-on de les croire en ce qui touche aux événements futurs? Comme nous croyons aux choses qui ont eu hen et qui avaient été prophétisées, do même nous croyons aux choses prophétisées qui n'ont pas encore eu lieu, parce que toutes sont renfermées dans les Ecritures, aussi bien ce qui s'est accompli déjà que ce qui doit s'accomplir encore.

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c Ces livres sacrés nous enseignent qu'il n'y a qu'un Dieu ; qu'il a tiré le monde du nélant, et qu'il est un Dieu caché. Cependant, il se montre sans cesse dans ses ouvrages. Lui seul se connaît; l'Immensité le dérobe et le montre à nos yeux. Il récompense et punit les hommes, selon leurs mérites. Il ressuscitera les morts et leur commandera de reprendre leurs corps; puis, il leur donnera la félicité éternelle ou les vouera aux flammes de l'enfer. L'enfer, ce sont les feux souterrains que le globe enferme en ses entrailles. Dieu a envoyé jadis des prédicateurs et des prophètes dans le monde. Ces prophètes étaient juifs. Ils rendirent leurs oracles parmi les Juifs qui les ont conservés dans les Écritures. C'est sur ces oracles, ainsi que nous l'avons dit, que le christianisme est fondé, quoique le chrétien diffère du Juif en matière de prescriptions cérémonielles. On nous accuse d'adorer un homme et d'oublier le Dieu des Hébreux. Non ; r honneur que nous rendons au Christ est le même que rhonneur que nous rendons à Dieu.

c Pour mieux comprendre Timportance des anciens patriarches, il faut se souvenir que les Juifs étaient le seul peuple chéri de Dieu. Il faisait ses délices de leur parler par sa bouché. Il les élevait au sommet de la grandeur. Mais ils eurent la perversité de lui être infidèles. Ils abandonnèrent son culte pour un culte profane. Dieu les avertit qu'il se choisirait un autre peuple et qu'il les punirait en les chassant de la Judée. Ils sont, aujourd'hui, dispersés par toute la terre ; ils errent de toutes parts ; ils ne respireront plus l'air de leur pays natal. Ils n'ont plus un Dieu, ni même un homme pour roi. Les menaces du Très- Haut se sont accomplies. Il s'est choisi des enfants plus fidèles parmi toutes les nations. Il avait annoncé par ses prophètes qu'ils étaient son peuple, que d'eux naîtrait le Messie qui promulguerait une loi nouvelle. Ce Messie n'était autre que Jésus Dieu ; car, de même qu'un flambeau s'allume à un flambeau, la Divinité peut sortir de la Divinité. Dieii et son Fils sont un même Dieu. La lumière est toujours la lumière, d'où qu'elle vienne.

f Les Écritures ont annoncé deux avènements du Fils de Dieu : le premier, dans l'humiliation ; le second, dans la gloire. Les Juifs eussent dû savoir tout cela par leurs prophètes ; mais ils étaient tellement aveuglés par le péché qu'ils ne le reconnurent pas à sa première venue sur la terre et qu'ils l'attendent toujours en vain. Ils crurent que les miracles opérés par lui étaient

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œuvres de magie. Les docteurs de la loi et les princes des prêtres étaient ses envieux. Ils Taccusèrent devant Pilate. Il fut crucifié, expira sur la croix, fut enseveli et ressuscita trois jours après. Il demeura quarante jours avec ses disciples^ et ensuite il fut enlevé au ciel dans un nuage : fait beaucoup plus certain que l-ascension de Romulus et autres princes romains, montés au ciel de la même manière, et en faveur de laquelle on n'a recueilli que des témoignages humains. »

Tertullien décrit ensuite l'origine et la nature des démons qui, sous Satan, leur prince, sont les auteurs des maladies, des intempéries, des pestes, de la destruction des germes de la terre, qui persuadent aux hommes d'offrir des sacrifices sanglants, afin de se repaître du sang des victimes. Ils sont aussi légers que les oiseaux et savent, comme eux, tout ce qui se passe sur la terre; ils vivent dans les airs et voient ce qui s'accomplit dans les cieux. C'est ainsi qu*ils peuvent tromper les hommes par de fausses prophéties et rendre des oracles menteurs. Ce sont eux qui ont annoncé à Rome la victoire prochaine sur Persée, quand déjà la bataille était gagnée. Ils prétendent guérir les maladies» parce qu'ils s'emparent du corps d'un homme et y engendrent eux-mêmes des désordres qu'ils apaisent ensuite par des remèdes, ce que les hommes croient être des maladies naturelles et des guérisons.

Quoique les chrétiens nient que l'empereur soit Dieu, ils prient pour sa prospérité, parce qu'ils savent que tant que durera le glorieux éclat de l'empire romain, la conflagration du monde et la dissolution générale qui menace l'univers sera suspendue. Ils ne désirent point la subversion de la nature. Ils ne reconnaissent qu'une république, c'est la république des chrétiens et celle-là embrasse le monde entier ! Ils ne forment qu'un corps, n'adorent qu'un Dieu et attendent la félicité éternelle. Ils ne prient pas seulement pour Tempereur, et pour les magistrats, mais aussi pour là paix. Ils lisent les Écritures pour nourrir leur foi, élèvent leurs pensées, s'affermissent dans la confiance en Dieu. Ils s'assemblent pour s'exhorter mutuellement. Ils se séparent des pécheurs. Ils ont des évêques pour présider à leurs assemblées, lesquels sont élus par le suffrage de ceux qu'ils gouvernent. A la fin de chaque mois chacun fait son offrande, librement. L'argent ainsi réuni est le don de la piété. Il n'est point employé à manger, ni à boire; mais à nourrir les pauvres, à les ensevelir ; à secourir les orphelins, à soutenir les vieillards qui

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ont consacré leur jeunesse au service des fidèles ; à assister ceux qui ont perdu leurs biens dans les naufrages, ou qui sont condamnés au travail des mines, à Texil, à la prison parce qu'ils font profession de la foi chrétienne. Il n'y a qu'une seule chose que les chrétiens ne possèdent pas en commun et, cela, ce sont leurs femmes. Ils ne se divertissent point comme s'ils devaient mourii demain, et ne bâtissent point comme s'ils devaient vivre toujours. Le but de leur vie est l'innocence, la justice, la patience, la tempérance, la chasteté.

A ce noble exposé de la foi chrétienne de son temps, Tertullien n'hésite pas à ajouter un formidable avertissement aux magistrats auxquels il s'adresse — formidable, parce qu'il contenait le présage du grand événement qui allait s'accomplir. — t Nous ne faisons que de naître; et déjà, pourtant, nous remplissons la terre, jusqu'aux dernières limites de votre domination : les villes, les forteresses, les îles, les provinces, les assemblées du peuple, les faubourgs de Rome, le palais, le sénat, les places publiques et surtout les armées. Nous ne vous avons laissé que vos temples. Quelles guerres ne pourrions-nous pas entreprendre I Avec quelle promptitude ne pourrions-nous pas nous armer, si notre religion ne nous arrêtait pas, si elle ne nous enseignait point que mieux vaut être tué que de tuer ! »

Avant de terminer sa défense, Tertullien renouvelle une assertion, depuis maintenue dans la pratique, et qui a considérablement affecté le développement intellectuel de l'Europe. Il déclare •que les Écritures sont le trésor où toute sagesse est contenue ; que toute philosophie, toute poésie en est sortie. 11 s'attache à prouver qu'elles sont la pierre de touche et la mesure de toute vérité et que ce qui ne concorde pas avec elles est nécessairement faux.

Nous voyons, par l'habile ouvrage de Tertullien, ce qu'était le Christianisme au temps où il souffrait la persécution et soutenait la lutte pour l'existence. Nous allons voir, maintenant, ce qu'il devînt, quand il fut parvenu au pouvoir. Il y a loin du Christianisme sous Sévère au Christianisme sous Constantin. Bien des doctrines, devenues courantes dans la seconde période, étaient inconnues dans la première.

Deux causes conduisirent à l'amalgamation de la religion chrétienne avec le, paganisme : 1* les nécessités politiques de la dynastie ; 2* la marche adoptée par la nouvelle religion pour procurer sa propre expansion.

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!• Quoique le parti chrétien eût été assez fort pour donner unmaître à l'Empire, il ne le fut jamais assez pour détruire son ennemi, le paganisme, L'issue de la lutte entre eux fut une fusion de principes. Le Christianisme ne fut pas, en cela, sem* blable au mahométisme, lequel anéantit complètement ses adver saires et fît régner sans mélange sa doctrine.

Constantin fit voir constamment par sa conduite qu'il secroyait obligé d'être le souverain impartial de son peuple tout entier, et ne voulait point être seulement le représentant couronné d'une faction heureuse. S'il éleva des Églises chrétiennes,, il restaura aussi des temples païens. S'il prêta l'oreille au clergé,, il écouta de même les aruspices. S'il assembla le concile de Nicée, il rendit des honneurs à la statue de la Fortune; s'il reçut le baptême, il frappa une médaille qui portait son titre de dieu. Sa statue, élevée sur une grande colonne de porphyre à Constantinople, était une ancienne image d'Apollon, dont les traits furent effacés pour faire place à ceux de l'empereur, et des clous, que l'on disait avoir servi au crucifiement du Christ, étaient arrangés autour de sa tête de manière à figurer des rayons de gloire.

Jugeant qu'il fallait accorder des compensations au parti païen, il vit avec faveur le mouvement idolâtrique qui se produisit à sa cour. Les chefs» de ce mouvement étaient même des membres de sa propre famille.

2" L'Empereur, en homme occupé uniquement des affaires humaines et pour qui les opinions religieuses étaient peu de chose, pensa que le mieux pour l'Empire, pour les parties belligérantes et pour lui-même, était que chrétiens et païens se fusionnassent et se laissassent amalgamer le plus possible. IB semble que les chrétiens les plus sincères n'y fussent point, d'ailleurs, opposés. Peut-être crurent-ils que les nouveaux dogmes se répandraient d'une façon plus générale en s'incorporant les anciens, que la vérité finirait par triompher et que l'impureté serait détruite. Hélène, mère de l'Empereur, aidée en Cela par les femmes de la cour, travailla la première à opérer cetteamalgamation. Pour contenter son désir, on tira d'une caverne de Jérusalem où elles étaient restées ensevelies pendant plus da trois siècles, la croix du Sauveur et celles des deux larrons, l'inscription et les clous qui avaient servi au crucifiement. Oa en vérifia l'authenticité par le moyen du miracle. Un vrai culte des reliques fut institué. Les superstitions de la vieille Grèce:

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reparurent, alors que Ton montrait à Métaponte les outils qui avaient servi à faire le cheval de Troie, à Chéronée, le sceptro de Pelop», à Phaselis, la lance d'Achille, à Nicomédie, Tepée d'Agamemnon^; alors que les Phéagœtes pouvaient faire voir au pèlerin la retraite du sanglier calydonien, et que plusieurs cités se vantaient de posséder le vrai Palladium de Troie ; alors qu'il y avait des statues de Minerve qui brandissaient la lance, des peintures qui pouvaient rougir, des images qui suaient, et des sanctuaires et des châsses en nombre infini, où s'opéraient des guérisons miraculeuses.

A mesure que les années s'écoulaient, la foi décrite par Tertullien se changeait en une autre, plus chargée d'ornements et moins pure. Elle se fondait avec la vieille mythologie grecque. L'Olympe se reformait ; seulement, les dieux avaient changé de noms. Les provinces, dont l'influence dans l'état était la plus puissante, parvinrent à faire admettre leurs vieux mythes honorés. On commença à concevoir la Trinité d'une manière conforme aux traditions de TÉgypte. Non-seulement le culte d'Isis fut rétabli sous un nouveau nom, mais son image même, debout sur le croissant de la lune, reparut. La figure bien connue de cette divinité, tenant entre ses bras l'enfant Orus, est arrivée jusqu'à nous dans les belles créations artistiques de la Madone et du Bamhino, De tels retours aux conceptions anciennes sous des formes nouvelles étaient partout accueillis avec bonheur. Quand on annonça aux Ephésiens que le Concile tenu dans leur ville avait décrété que la Vierge porterait le titre de Mère de Dieu, ils embrassaient les genoux des évêques avec des larmes de joie. C'était le vieil homme qui reparaissait. Leurs ancêtres en eussent fait de même pour Diane.

Ces efforts pour se ccmcilier des convertis encore profanes^ en adoptant leurs idées et leurs pratiques, ne laissèrent pas de soulever des remontrances de la part de ceux dont l'intelligence découvrait les vrais motifs, t Vous avez, dit Faustus à Augustin, substitué vos agapes aux sacrifices des païens; à leurs idoles, vos martyrs, à qui vous rendez les mêmes honneurs. Vous apaisez leB ombres des morts avec du vin et des festins. Vous célébrez les fêtes solennelles des Gentils, leurs calendes et leurs solstices, et, quant à leurs mœurs, vous les avez conservées sans mélange. Rien ne vous sépare plus des païens, si ce n'est que vos assemblées sont distinctes des leurs. » Les rites païens étaient, en effet, mêlés à tout. Aux noces, on chantait des hymnes à Vénus.

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Arrêtons-nous ici et considérons, par avance, à quel degré de dégradation intellectuelle cette politique de paganisation devait conduire. Tout Tattirail du vieux culte fut emprunté : un rituel pompeux, des robes magnifiques, la mitre, la tiare, les cierges, les processions, les lustrations, les vases d'or et d'argent furent introduits dans TÉglise; le bâton augurai devint la crosse des évoques; des églises s'élevèrent sur la tombe des martyrs et on les consacra avec des rites imités des pontifes de Rome. Les fêtes et les commémorations des saints se multiplièrent avec les prétendues découvertes de reliques. Le jeûne devint le grand moyen de chasser le démon et d'apaiser la colère de Dieu. Le célibat fut érigé en vertu de premier ordre. On fit des pèlerinages en Palestine et au tombeau des martyrs. Des quantités de poussière et de terre furent apportées des Lieux Saints et vendues à des prix énormes comme antidote contre les démons. On vanta la vertu de l'eau bénite. On introduisit dans les Églises des images et des reliques auxquelles on rendit un culte, comme faisaient les païens. On prétendit, comme ils avaient prétendu, que des prodiges et des miracles s'accomplissaient en certains lieux. Les âmes des bienheureux furent invoquées, et l'on crut qu'elles erraient sur la terre et particulièrement autour des tombeaux. On multiplia les temples, les autels, les habits de pénitents. On inventa la fête de la Purification de la Vierge, pour satisfaire ceux qui regrettaient les Lupercales ou fêtes de Pan. Le culte des images, des parcelles de la vraie croix, des os, des clous, et autres reliques, vrai culte fétichiste, fut consacré. L'authenticité de ces objets était établie de deux manières : par l'autorité de TEglise et par les miracles. On vénéra jusqu'aux vieux vêtements des saints et à la terre de leur tombeau. On apporta de la Palestine les squelettes de saint Marc, de saint Jacques et d'autres personnages illustres par leur sainteté. La canonisation remplaça l'apothéose ; les saints patrons succédèrent aux divinités tutélaires. Puis, vint le mystère de la transsubstantiation, ou changement du pain et du vin par le prêtre au corps et au sang de Jésus-Christ. A mesure que le temps s'écoulait, la paganisation devenait de plus en plus complète. Des fêtes furent instituées en l'honneur des clous qui avaient attaché le Sauveur à la croix, de la lance qui avait percé son côté, des épines qui avaient couronné sa tête. Quoique plusieurs abbayes possédassent en même temps cette dernière relique insigne, personne n'osa s'élever contre son authenticité.

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Nous pouvons lire avec profit les remarques faites par Févêque Newton sur cette dégénérescence du Christianisme. Il dit quelque part : c Le culte des anges et des saints n'est-il pas, à tous égards, le même que Tancien culte des démons et y a-t-il autre chose que le nom de changé?... » Et ailleurs : « Les chrétiens ont déifié des hommes absolument comme les païens. Les instituteurs du nouveau culte savaient bien qu'il était le même que l'ancien et non-seulement le fond, mais les cérémonies étaient identiques. L'encens et les parfums qui brûlent sur les autels; l'eau sainte, c'est-à-dire Peau et le sel dont on s'asperge en entrant et sortant des églises ; les cierges et les lampes ^allumés en plein jour devant les statues de ces divinités ; les ex-votos suspendus dans les temples, en signe de délivrance et de guérison miraculeuse; la canonisation, ou déification des morts vertueux; les patronages particuliers assignés aux saints comme aux antiques héros ; le culte rendu aux morts dans leurs tombeaux et leurs châsses ; les génuflexions devant les images ; la puissance miraculeuse attribuée aux idoles ; l'érection de petits oratoires, autels et statues, dans les rues, sur les voies publiques et sur le haut des montagnes; le port des images et reliques en procession, avec cierges, musique et chants; les flagellations à certaines époques de l'année par manière de pénitence; la tonsure des prêtres sur le sommet de la tête ; le célibat et les vœux de chasteté imposés aux religieux des deux sexes ; toutes ces choses, et beaucoup d'autres, appartiennent aussi bien à la superstition païenne qu'à la superstition papiste. Bien plus, les mêmes temples, les mêmes images qui étaient autrefois consacrés à Jupiter et aux dieux, le sont aujourd'hui à la Vierge Marie et aux Saints ; les mêmes rites, les mêmes inscriptions servent aux uns et aux autres; les mêmes prodiges, les mêmes miracles leur sont attribués. Enfin» le paganisme tout entier est devenu le papisme. Le dernier est construit sur le même plan que le premier, de façon qu'il n'y a pas seulement conformité, mais identité, entre le culte ancien et moderne, païen et chrétien de Rome. »

Ainsi s'exprime l'évêque Newton. Mais pour en revenir au temps de Constantin, le parti religieux dominant, malgré ces concessions aux vieilles habitudes populaires qui lui furent permises et même demandées, n'hésita jamais à prêter force à ses décisions par le secours du pouvoir civil, secours qui lui fut volontairement accordé. C'est ainsi que Constantin assura le triomphe

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du concile de Nicée et l'acceptation de ses actes. Dans Taffaire d'Arius, il fut même jusqu'à ordonner que quiconque aurait en son pouvoir un ouvrage de cet hérétique et ne le brûlerait pas, fût mis à mort. De la même manière, Nestoriiis fut banni dans une oasis d*Égypte, par Théodore le Jeune.

Le parti païen comptait beaucoup de vieilles familles patriciennes dans l'Empire. Il comptait aussi dans ses rangs les disciples des vieilles écoles philosophiques. Il regardait ses adversaires avec dédain et maintenait que la science ne saurait s'acquérir que par le laborieux exercice de l'observation et de la raison humaine.

Le parti chrétien, au contraire, déclarait que le fondement do toute science est dans les Écritures et dans la tradition de rÉglise; que dans la Révélation écrite, Dieu ne nous a pas seulement donné un critérium du vrai, mais qu'il nous a appris tout ce qu'il voulait que nous sussions. Les Écritures contiennent donc toute la somme des connaissances nécessaires. Le clergé, soutenu par TEmpereur, ne voulait point souffrir de rivaux dans les choses intellectuelles.

Ainsi se posèrent dans le monde ce qu'on a appelé la science sacrée et la science profane ; ainsi se trouvèrent en présence deux partis adverses, l'un qui prenait la raison pour guide, et l'autre, la Révélation. Le Paganisme en appelait au savoir de ses philosophes; le Christianisme, à l'inspiration de ses pères.

L'Église se donna donc pour le dépositaire et l'arbitre de toute science. Elle était toujours prête à se valoir du bras séculier pour rendre obligatoires ses décisions. Elle prit ainsi une route qui fixa son rôle futur dans le monde ; elle devint une pierre d'achoppement pour le progrès en Europe pendant plus de mille ans.

Le règne de Constantin marque l'époque où le christianisme subit sa transformation, et devient, au lieu d'une religion, un système politique. Quoiqu'en un sens ce système soit tombé dans l'idolâtrie, dans un autre, il éleva jusqu'à la perfection la mythologie grecque. C*est un axiome que quand deux corps se heurtent, la forme des deux change. Le paganisme fut modifié par le christianisme, comme le christianisme l'avait été par le paganisme.

Dans la dispute sur la Trinité qui éclata d'abord en Egypte — l'Egypte était la terre des Trinités — le principal point en litige était de définir le rapport du Fils. Il y avait à Alexandrie un prêtre du nom d'Arius — candidat évincé à Tépiscopat — qui

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•pirit pour point de départ de son argumentation que 1« Fils n'avait pas toujours été, parce que le Père est nécessairement plus vieux que le Fils. Le Fils avait donc commencé d'être. •Cette prétention détruisait la coéternité des trois personnes divines. Elle supposait une subordination ou inégalité entre elles et un temps où la Trinité n'eût pas existé. Là-dessus, Tévêque qui avait été Theureux compétiteur d'Arius, fit étalage de rhétorique dans un débat public sur le sujet, et la querelle étant venue à s'étendre, les Juifs et les païens, qui formaient une grande partie de la population d'Alexandrie, s'amusaient à mettre en scène la dispute et les combattants, en se livrant à des plaisanteries sur l'égalité d'âge du Père et du Fils.

La controverse finit par devenir si violente qu'il fut nécessaire d'en référer à l'Empereur. Il regarda la dispute, d'abord, comme i»ut à fait frivole et peut-être il inclinait à penser, comme Arius, que la nature des choses eût voulu que le Père fût plus vieux <[ue le Fils. Si grande cependant était la pression qu'on exerçait sur lui qu'il fut forcé d'assembler le concile de Nicée, qui, pour régler la matière , donna un symbole de Foi en y attachant cet anathème : a La sainte Eglise Catholique et Apostolique anathématise ceux qui disent qu'il fut un temps où le Fils de Dieu n'était pas et qu'avant d'être engendré, il n'existait pas, et qu'il a été tiré du néant ou d'une autre essence que celle de Dieu même, et qu'il est créé ou variable ou soumis aux altérations du temps. » Constantin prêta aussitôt à la décision du Concile l'appui du pouvoir séculier.

Quelques années après, l'Empereur Théodose défendit les sacrifices, fit de l'inspection des entrailles des victimes un crime capital, et prohiba l'entrée des temples. Il institua des inquisiteurs de la Foi et ordonna que quiconque n'aurait pas une croyance conforme à celle de Damase, évêque de Rome, et de Pierre, évêque d'Alexandrie, fût envoyé en exil et privé de ses droits civils. Il condamna à mprt ceux qui oseraient célébrer la Pâque le même jour que les Juifs. On commençait alors à oublier le grec *€n Ocdident et la vraie science allait s'éteignant.

A cette époque, un certain Théophile occupait le siège épisoopal d'Alexandrie. Un ancien temple d'Osiris ayant été donné aux chrétiens pour construire une église sur son emplacement, il arriva qu'en creusant les fondations du nouvel édifice, on découvrit quelques obscènes symboles de l'ancien culte. Théophile, ^vec plus de zèle que de pudeur, les fit exposer sur le marché â

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la dérision publique. Les païens, moins patients que ne l'avaient été les chrétiens quand on avait mis en scène au théâtre leurs disputes sur la Trinité, recoururent à la force et s'insurgèrent. Ils établirent leur quartier-général dans le Sérapion et tels furent le désordre et l'effusion du sang, que l'Empereur fut forcé d'intervenir. Il envoya un rescrit à Théophile, lui enjoignant de détruire le Sérapion^ de sorte que la grande bibliothèque qui avait été rassemblée par les Ptolémées et qui avait échappé au feu de Jules César, fut en partie anéantie, en partie dispersée par ce^ fanatique.

Plus tard, le siège de Théophile fut occupé par son neveu, saint Cyrille. Celui-ci s'était recommandé aux suffrages de» Alexandrins par ses qualités d'orateur. C'est le même qui a pris une si grande part à l'introduction du culte de la Vierge Marie. Cependant, son pouvoir sur ce peuple inconstant, avait été fort ébranlé par Hypathie, fille de Théon, la mathématicienne, qui se distingua , non-seulement par son Exposition de la doctrine d'Aristote et de Platon, mais aussi par ses commentaires sur les écrits d'Apollonius et d'autres géomètres. Chaque jour, de longues files de chars élégants stationnaient à la porte de son Académie. Les salles de ses conférences étaient remplies de tout ce qu'Alexandrie comptait de gens riches et de gens du monde. Ils venaient l'entendre sur ces questions qui ont éternellement occupé l'attention des hommes et auxquelles il n'a jamais encore été répondu : Qui suis-^je ? Où suis-je ? Que puis-je savoir ?

Hypathie et Cyrille! La philosophie et la bigoterie! Ces deux choses ne peuvent exister ensemble. Cyrille le sentit et il agit en conséquence. Pendant qu'Hypathie se rendait à son Académie, elle fut assaillie par la populace que Cyrille avait excitée et au milieu de laquelle il y avait un grand nombre de moines. Dépouillée de ses vêtements, elle fut traînée dans l'église et là, tuée par les compagnons de Pierre le Lecteur. Son corps fut coupé en morceaux , la chair arrachée des os , et les restes jetés au feu. Cyrille ne fut jamais appelé à répondre pour ce crime effroyable. Il semble qu'il fut, dès lors, admis que la fin justifie les moyens.

C'est ainsi que périt à Alexandrie la philosophie grecque , et que ce grand savoir que les Ptolémées s'étaient efforcés d'acquérir fut prématurément étouffé. La bibliothèque Fille, celle du Sérapion, avait été dispersée. Le sort d'Hypathie servait d'avertissement à ceux qui eussent voulu se livrer à l'étude de

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la science profane. La pensée humaine lie devait plus être libre. Tout le monde devait penser d'après l'Église. On était alors, en Tan 414 après J.-O. A Athènes méme^ la philosophie subit son sort. Justinien défendit un joui* qu'elle fût enseignée et fît fermer toutes les écoles.

Pendant que ces événements s'accomplissaient dans les provinces orientales de l'Empire, l'esprit qui les avait produits se développait en Occident. Un moine breton, qui avait pris le nom de Pelage, parcourait l'Europe Occidentale et le nord de l'Afrique en enseignant que la mort n'était pas entrée dans le monde par le péché d'Adam ; qu'Adam était de sa nature et nécessaire* ment mortel et que quand même il n'eût point péché^ il serait mort; que lui seul avait la responsabilité de sa faute, mais qu'elle .n'atteignait pas sa postérité. De ces prémisses, Pelage tirait des conclusions théologiques importantes.

A Rome, Pelage avait été favorablement accueilli ; à Carthage, il fut dénoncé à l'instigation de saint Augustin. Un synode assemblé à Diospolis, le déclara innocent du crime d'hérésie; mais quand la cause fut portée devant l'évêque de Rome, Innocent l, il fut condamné. A ce moment. Innocent vint à mourir, et son successeur, Zozime, réforma le jugement déclarant orthodoxes les opinions de Pelage. Ces décisions contradictoires sont souvent rappelées de nos jours par les adversaires de l'infaillibilité du pape. Les choses se trouvaient dans cette situation confuse , quand les rusés évêques d'Afrique obtinrent de l'empereur, par l'influence du comte Valère, un édit qui dénonçait Pelage comme hérétique et le condamnait, lui et ses adhérents» à l'exil et à la confiscation des biens. Prétendre que la mort existait dans le monde avant la chute d'Adam, devint un crime d'état.

Il est fort instructif d'examiner les principes sur lesquels cette étrange décision était fondée. Puisque la question était purement philosophique, on eût pu croire qu'elle aurait été discutée au moyen d'arguments tirés de la nature; loin de là, on ne fit intervenir dans le débat que des considérations théologiques. Le lecteur attentif aura remarqué que, dans l'exposé des dogmes du Christianisme par TertuUien, il n'est point fait mention du péché originel^ de la corruption de l'homme, de la prédestina- •^tion, de la grâce, de l'expiation. La forme du Christianisme, telle qu'elle est tracée par lui, n'a rien de commun] avec le plan de rédemption qui fut mis en avant deux siècles après. C'est à

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saint Augustin, un Carthaginois, que nous devons d*être parfaitement instruits sur ces importantes questions.

Pour décider si la mort avait été dans le monde avant la chute d'Adam ou si elle était la peine due au péché, on ne confronta point les doctrines de Pelage avec les lois de la nature, mais bien avec renseignement théologique de saint Augustin. Le résultat fut tel qu'on pouvait s'y attendre. L'enseignement que l'autorité ecclésiastique tenait pour orthodoxe a été détruit par les incontestables découvertes de la science moderne. Longtemps avant que l'homme ait paru sur la terre, des millions d'individus, des millions d'espèces, avaient vécu et étaient morts. Ceux qui subsistent aujourd'hui ne sont qu'une portion insignifiante des immenses familles qui ont peuplé notre globe.

Une conséquence grave est sortie de la dispute contre Pélaga . Le livre de la Genèse est devenu la base des dogmes chrétiens. Si, au point de vue théologique, l'explication qu'elle donne de la faute originelle et du châtiment d'Adam a une si grand© importance, l'autorité de ce livre ne devint pas moins souveraine dans la patristique, en matière de science. Astronomie, géologie, géographie, anthropologie, chronologie, en un mot, toutes les sciences humaines furent tenues de s'y conformer.

Comme les doctrines de saint Augustin ont eu ainsi pour effet de mettre la théologie dans un état d'antagonisme avec la science, il n'est pas sans intérêt d'examiner brièvement quelquesunes des idées purement philosophiques de ce grand homme. Nous choisirons, dans ce but, quelques parties de son étude sur le premier chapitre de la Genèse , laquelle se trouve dans les onzième, douzième et treizième livres des Confessions,

Cette étude se compose de raisonnements philosophiques et de compilations. L'auteur commence par demander à Dieu de lui ouvrit* le sens des Écritures. Il déclare qu'elles ne renferment rien d'inutile; mais que les mots y ont plusieurs sens différents.

L'existence du monde rend témoignage au Créateur; mais la question s'élève : Quand et comment ont été créés le ciel et la terre ? Le monde n'a pas pu préexister à lui-même ; le monde n'a pas pu être fait de rien : Augustin répond ainsi à cette question fondamentale : « Tu as parlé et tout à été faiti »

Mais la difficulté ne finit pas là. Saint Augustin remarque que les syllabes prononcées par Dieu sortent successivement de sa^ bouche, et qu'il faut que des mots s'expriment par quelque chose. Cette chose créée devait donc exister avant le ciel et la

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terre, et pourtant, avant le ciel et la terré, il n'y avait rien. Les mots doivent avoir été créés puisqu'ils commencent et qu'ils finissent. Cependant, t les paroles du Seigneur sont éternelles. »

De plus, il est évident que les mots sortis de la bouche de Dieu n'ont pas été prononcés successivement mais simultanément, puisque la succession implique le temps et le changement, tandis que rien n'existait que l'immortalité. Dieu sait et dit éter* nellement les choses qui s'accomplissent dans le temps.

Saint Augustin définit alors, avec un grand luxe -de mysticisme, ce qu'il faut entendre par les mots qui ouvrent le livre de la Genèse : « Au commencement. » Il est guidé dans ses conclusions par un autre passage de l'Écriture : « Combien admirables sont tes ouvrages, ô Seigneur ! tu les as tous faits dans ta sagesse. » €ette € sagesse^ » dit saint Augustin, c'est là le « commencement, 9 et c'est dans ce commencement de toutes choses que Dieu a créé le ciel et la terre.

€ Mais, reprend-il, quelqu'un demande : Que faisait Dieu avant qu'il n'eût créé le ciel et la terre? Car s'il a commencé à faire ses ouvrages cela implique le temps dans l'éternité. Dans l'éternité, rien n'est transitoire, tout est présent. » En répondant à cette question, saint Augustin ne peut s'empêcher de se livrer à un de ces mouvements de rhétorique pour lesquels il avait une si grande réputation. « Je ne répondrai pas, dit-il, que Dieu préparaît les ténèbres de Tenfer pour les hommes coupables de vouloir pénétrer ses mystères ; non ; je dirai que Dieu ne faisait aucune chose ; car aucune créature ne pouvait préexister à la création. Or, le temps, qui est une créature, ne pouvait exister non plus.

Qu'est-ce que le temps ? Le passé n'est pas ; le futur n'est pas ; et qui peut dire ce que c'est que le présent à moins que ce ne soit la négation de la durée placée entre deux affirmations du néant? Il n'y a point de temps long; il n'y a point de temps court; car il n'y a ni passé ni futur. Ce sont des choses qui n'ont d'existence que dans l'âme. »

Le style dont saint Augustin enveloppe ses idées est celui d'une conversation de rhapsode avec le Créateur. Son œuvre ressemble à un songe incohérent. Il suffît, pour mettre le lecteur à môme d'en juger, de copier au hasard un paragraphe. Celui qui suit est tiré du douzième livre.

« Ceci donc, ô mon Dieu ! est ce que je comprends quand tes Écritures me disent : Au commencement. Dieu créa le ciel et la terre, et la terre était invisible et sans forme, et les ténèbres

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couvraient Pabîme, et ils ne furent pas créés dans le temps. Ceci est ce que je comprends, qu'à cause du ciel des cieux, ce ciel de Tintelligence où Tesprit sait tout, non pas imparfaitement, confusément et comme dans un miroir, mais parfaitement, clairement et face à face, non pas successivement mais à la fois, et à cause de cette terre invisible et sans iorme, sans succession de temps, parce que là où il n'y a point de formes, il n'y a point de temps, qu'à cause, dis-je, de ces deux choses : Tune, le ciel, mais le ciel des cieux, l'autre, la terre^ mais une terre invisible et sans forme, à cause de ces deux choses, je comprends ce que disent les Écritures, sans mention du temps : Au commencement. Dieu créa le ciel et la terre. Car elles disent ensuite quelle est la terre que tu créas, et quel est le ciel, ce firmament que tu fis le second joui*, avant que le temps n'existât.

c Admirable profondeur des paroles de Dieu! Leur sens, voisl est ouvert devant nous, invitant les petits à l'entendre, et pourtant elles sont d'une admirable profondeur, ô mon Dieu ! C'est un abîme où l'œil ne plonge qu'avec terreur, une beauté incommensurable, un tremblement d'amour. Tes ennemis sont l'objet de ma haine. Oh ! qu'il te plaise de les faire mourir avec Fépée à deux tranchants, afin qu'ils ne soient plus les ennemis de ta parole; car j'aime qu'ils meurent à eux-mêmes, afin de vivre pour toi. »

Comme un exemple de la manière dont saint Augustin déroule le sens caché des Ecritures, je puis citer le passage suivant, tiré du treizième livre des confessions. Son but est de montrer que le dogme de la Trinité se trouve contenu dans le récit mosaïque de la création.

c Vois, la Trinité m'apparaît dans un miroir, d'une façon obscure. Qui es-tu mon Dieu, né de Dieu? ô Père! en toi est le commencement de notre sagesse; cette sagesse sortie de toi, égale à toi, coéternelle à toi, par qui tu as créé, dans ton Fils, le ciel et la terre. Nous avons dit ce qu'était le ciel des cieux, et cette terre invisible et sans forme, et l'abîme ténébreux, et l'instabilité chancelante de son être informe et spirituel, jusqu'à ce qu'elle ait été convertie par celui qui lui a donné la vie et la lumière, en une créature magnifique et flottante sur les eaux. Et par le nom de Dieu, j'entends maintenant le Père qui a fait ces choses, et par le nom de commencement, j'entends le Fils en qui il a fait ces choses; et croyant comme je crois que mon Dieu est Trinité, je cherche encore et regarde ! ton esprit flotte sur les eaux*

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Voilà la Trinité, ô mon Dieu 1 le Père, le Fils, lo Saint-Esprit, créatrice de toute création, i

Pour donner au lecteur une juste idée de la Valeur philosophique de saint Augustin, j*ai emprunté pour ces deux citations, la traduction du révérend docteur Pusey, tome I«' de la BibliO' thèque des Pères de V Église catholique, publiée à Oxford,

Considérant la haute autorité que Ton accorde aux écrits de saint Augustin dans le monde religieux, depuis près dé quinze siècles, je n'en parlerai qu'avec respect. Et, en vérité, pas n'est besoin d'en agir autrement. Les paragraphes que j'ai cités contiennent leur propre critique. Personne n'a plus contribué que ce Père à créer l'antagonisme de la science et de la religion. Il a détourné la Bible de son véritable but, qui est de conduire les hommes à une vie pure, et il lui a donné le dangereux office d'arbitre de la vérité scientifique et de tyran de l'esprit humain. L'exemple, une fois donné, a été suivi. Les ouvrages des grands philosophes grecs furent stigmatisés comme profanes; les glorieux monuments du Muséum d'Alexandrie furent cachés sous un jargon obscur et sous un épais nuage d'ignorance et de mysticisme, d'où s'échappaient souvent les éclairs redoutables des vengeances ecclésiastiques.

La science divinement révélée ne saurait admettre le changement ni le progrès. Elle détourne de toute recherche, de toute découverte nouvelle, parce qu'elle les considère d'avance comme présomptueuses, inutiles, et regarde les investigations humaines comme l'effet d'une coupable curiosité à l'endroit des secrets qu'il n'a pas plu à Dieu de nous découvrir.

Quelle est donc cette science sacrée, cette science révélée que les Pères déclarent être la somme suffisante du savoir humain ?

Cette science compare tout phénomène matériel ou spirituel à un acte humain. Pour elle le Tout-Puissant lui-même n'est qu'un homme de stature gigantesque.

La terre est une surface plane; sur nos têtes, le firmament s'arrondit comme un dôme, ou, comme nous le dit saint Augustin, s'étend comme une peau dont on forme les tentes. Les étoiles, le soleil et la lune s'y meuvent pour éclairer l'homme pendant le jour et la nuit. La terre a été créée de rien, et les tribus qui l'habitent, les plantes, les animaux, ont tous été faits en six jours; au-dessus du firmament sont les cieux; dans l'abîme, au-dessous de nos pieds, est l'enfer et ses ténèbres. La terre est

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le centre de Funivers, son point le plus important, et toutes choses ont été créées pour elle.

Quant à Fhomme, il a été fait du limon de la terre. D'abord, il était seul ; mais ensuite la femme fut formée d'une de ses côtes. Il est la plus haute et la plus parfaite des œuvres de Dieu. Il a été placé dans un paradis, sur les bords de TEuphrate, et il possédait la sagesse et la pureté ; mais ayant goûté au fruit défendu et transgressé les commandements de Dieu, il a été condamné au travail età la mort.

Les descendants du premier homme, non intimidés par son châtiment, menèrent une vie si coupable qu'il devint nécessaire de les détruire. En conséquence, le déluge couvrit la terre et les eaux s'élevèrent jusqu'au sommet des montagnes. Le déluge ayant exécuté l'ordre de Dieu, les eaux furent séchées par les vents. Noéy ses trois fils et leurs femmes, furent sauvés dans l'arche. De ces trois fils, le premier, Sem, demeura en Asie et la repeupla; Cham peupla l'Afrique; Japhet, l'Europe. Comme les Pères ne connaissaient pas l'existence de l'Amérique, ils ne s'embarrassèrent pas de trouver un ancêtre à ses habitants.

Écoutons ce que quelques-uns d'entre eux disent à Tappui de leurs assertions.

Lactance^ parlant de la doctrine hérétique de la forme sphérique de la terre, dit : c Se peut-il qull existe des hommes assez insensés pour croire que les moissons et les arbres croissent la tète en bas, et que les habitants de l'autre hémisphère ont les pieds plus haut que la tête? Si vous demandez à ceux qui défendent ces monstrueuses opinions, comment il se fait, en ce cas, que les objets ne se détachent pas de la terre, ils répondent qu'il est dans la nature des choses que les corps pesants tendent vers le centre comme font les rayons des roues, tandis que les corps légers, comme les nuages, la fumée, la flamme, tendent vers le ciel de tous côtés. Que dire de ceux qui après être tombés ainsi dans l'erreur, s'obstinent dans leur folie, et défendent une opinion absurde par une autre opinion non moins absurde. » Au aujet des antipodes, saint Augustin déclare c qu'il est impossible qu'il y ait des habitants de l'autre côté de la terre, puisque l'Écriture ne fait point mention de cette race en parlant des descendants d'Adam. » Toutefois, une meilleure raison le frappe; c'est f qu'au jour du jugement, les hommes qui seraient de l'autre côté de la terre ne pourraient pas voir le Seigneur descendre dans les airs. »

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Je n'ai pas besoin de rappeler la venue de la mort sur la terre, les interventions des esprits, celles des anges et des démons, la conflagration future, la Tour de Babel, la confusion des langues, la dispersion des hommes; non plus que Finterprétation donnée aux phénomènes naturels, comme les éclipses, Tarc-en-ciel, etc. Je m'abstiens, surtout, de commenter la manière dont la patristique conçoit le Tout-Puissant. Elle est par trop anthropomor- Dhique et vide de sublimité.

Peut-être, cependant, pourrais-je citer quelques-unes des idées qu'on avait au sixième siècle, tirées de Cosmas Indicopleustes. Il écrivit un ouvrage intitulé : Topographie chrétienne^ dans le but de réfuter l'opinion hérétique de la sphéricité de la terre et l'assertion païenne qu'il existe une zone tempérée au sud de la zone torride. Il afïîrme que d'après le véritable système orthodoxe de géographie, la terre est une surface plane et quadrangulaire s'étendant à quatre cents journées à l'Est, autant à l'Ouest, deux cents au Sud et deux cents au Nord ; qu'elle est entourée de montagnes sur lesquelles repose la voûte des cieux et qu'une de ces montagnes, située au Nord et plus haute que les autres, interceptant les rayons du soleil, cela cause l'obscurité de la nuit ; que le plan de la terre n'est pas parfaitement horizontal ; mais incline un peu du Nord au Sud, ce qui fait que l'Euphrate, le Tigre, et les autres fleuves qui coulent du septentrion au midi ont un cours rapide, tandis que le Nil, qui remonte vers le Nord, en a, nécessairement, un plus lent.

Le vénérable Bède, qui écrivait au septième siècle, nous dit que c la création a été accomplie en six jours et que notre terre est son point central et son objet le plus important. Celle-ci tourne chaque jour avec une ineffable rapidité, modérée seule*ment par la résistance des sept planètes : trois au-dessus. du soleil — Saturne, Jupiter, Mars — trois au-dessous — Vénus, Mercure, la Lune. Les étoiles tournent aussi et celles plus au Nord ont des cercles moins longs à parcourir. Le ciel le pli^s élevé a ses limites. Il renferme les vertus angéliques qui descendent sur la terre, prennent des corps éthérés, accomplissent des fonctions humaines et retournent aux cieux. Le ciel est tempéré par des eaux glacées de peur qu'il ne s'enflamme. Le ciel inférieur est appelé le firmament parce qu'il sépare les eaux qui sont sur nos tètes des eaux qui sont sous nos pieds. Les eaux du ciel sont plus bas que le monde des esprits célestes, plus haut que toutes les choses corporelles, et réservées, selon les

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uns, pour produire un second déluge, selon les autres, et avec plus de vérité, pour tempérer la chaleur des étoiles fixes.

Etait-ce donc pour ces spéculations extravagantes, pour ce produit de Tignorance et de Faudace, qu'il fallait abandonner les ouvrages des philosophes grecs ? Il n'était pas trop tôt que les grands critiques qui apparurent au temps de la Réforme, vinssent, en comparant les œuvres des uns avec les divagations des autres, réduire celles-ci à leur juste valeur, et nous apprendre à les regarder toutes d'un œil de mépris.

La plus étrange partie de tout ce présomptueux système était encore sa logique et la nature de ses preuves. Celles-ci reposaient toujours sur le miracle. On supposait un fait prouvé par quelque fait extraordinaire mais différent ! Un écrivain arabe , parlant de cela, dit : t Si quelqu'un m'affirme que trois sont plus que dix et ajoute : en preuve de ceci, je vais changer ce bâton en serpent ; je peux admirer son adresse, mais je ne serai certainement pas convaincu. » Et cependant, pendant plus de mille ans, ce fut là la logique courante, acceptée dans toute l'Europe. Des propositions absurdes étaient acceptées sur des preuves non moins absurdes.

Du moment que le parti devenu dominant dans l'Empire ne pouvait pas produire des œuvres dignes de rivaliser avec celles des païens, et du moment qu'il ne pouvait accepter une position d'infériorité, la persécution, l'extinction de la science profane devint une nécessité politique. C'est en vertu de cette nécessité que les Platoniciens furent poursuivis sous Valentinien, qu'on les accusa de magie et que beaucoup d'entre eux" furent mis à mort. La philosophie était devenue dangereuse ; on en faisait un crime d'état ; à sa place, il se produisit une vraie fureur de merveilleux et de superstition. L'Egypte échangea les grands hommeo qui avaient rendu son muséum immortel contre des troupes de moines solitaires et de vierges cloîtrées qui préparèrent et achetèrent sa ruine.

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