VIII PRÉFACE
Mais je me suis souvenu que nous n'en étions encore qu'aux premiers essais dans un ordre de travaux littéraires que les besoins du siècle vont faire naître, et que ceci n'était, pour ainsi dire, qu'une simple préface. Nous voici à la veille d'une grande révolution intellectuelle ; et les lectures frivoles sont près de faire place à une littérature austère et grave à laquelle les intérêts de l'ÉgUse en danger communiqueront la force et la passion.
Tout ce que je me suis proposé, c'est d'exposer d'une façon impartiale et claire les vues et les actes des deux partis en présence. Je me suis, en un sens, identifié avec eux afin de me pénétrer mieux de leurs raisons ; mais, en un sens plus large, je suis resté étranger au débat, afin de ne pas compromettre mon impartialité.
J'espère donc que ceux qui seraient portés à critiquer ce livre voudront bien se souvenir que je ne suis pas l'avocat, mais simplement le rapporteur des opinions. Dans chaque chapitre, j'ai suivi l'ordre suivant : d'abord, l'opinion orthodoxe ; ensuite l'opinion contraire.
En traitant ainsi le sujet, j'ai eu peu à faire intervenir les opinions mixtes dans le débat. Quelle que puisse être leur valeur, dans des conflits de cette nature, ce ne sont pas les partis modérés qu'il faut étudier, mais les partis extrêmes ; car ce sont eux qui préparent l'événement.
Par cette raison, j'ai peu de choses à dire des deux grandes confessions chrétiennes, protestante et grecque. La dernière surtout ne s'est jamais posée en adversaire de la science; au contraire, elle l'a toujours bien accueillie, et a montré le respect de la vérité d'où qu'elle vienne. Toutes les fois que les découvertes de la Science lui ont paru venir à rencontre des dogmes révélés, elle a silencieusement attendu que le temps lui. apportât les explications satisfaisantes et conciliatrices qui lui ont rarement manqué. Heureux pour la civilisation moderne, si l'Eglise Romaine avait suivi cette sage conduite 1
C'est donc de cette dernière Eglise que nous entendons parler, quand nous parlons du christianisme ; d'abord, parce que ses adhérents composent la majeure partie des chrétiens; ensuite, parce que c'est elle qui porte le plus loin ses exigences, et enfin, parce qu'elle a cherché à les faire triompher par Tappui du pouvoir civil. Aucune Eglise