‹ Les conflits du travail et leur solutionChapitre 116 sur 262 · CONCEPTION FAUSSE DE L'ARBITRAGE · texte numérisé non relu

CONCEPTION FAUSSE DE L'ARBITRAGE

et réclament Tarbitrage ensuite, ressemblent à des individus qui commenceraient par se donner des coups en disant : quand je t'aurai abîmé, ou que tu m'auras abîmé, ou que nous nous serons abîmés réciproquement, nous demanderons à un arbitre de dire qui de nous deux avait raison. En attendant, je te cogne. Ce sera toujours autant de gagné I

l'intervention d'un TIERS

L'arbitrage, dans les conflits entre salariés et salariants, repose sur un principe faux. Il fait intervenir un tiers là où il n'a que faire.

Supposons deux commerçants faisant un contrat d'échange. Ils se disent : « — Je t'achète et tu me vends. Tu me demandes un prix trop élevé. Je marchande avec toi. Est-ce que nous nous en rapporterons à un arbitre ? Nous décidons par nous-mêmes. Nous n'admettons paè qu'un tiers nous impose un prix. Ce n'est pas lui qui aura à te payer. C'est moi, c'est toi qui sommes responsables : et par cela même, nous entendons réserver chacun notre liberté d'action. »

Or, qu'est-ce que l'arbitrage en cas de conflit entre salariants et salariés à propos des conditions du travail?

Vous voulez que moi, industriel, pour la fixation du taux des salaires et des conditions du travail, je m'en rapporte à un tiers, personnage politique, par exemple, plus ou moins étranger à mon industrie. Mais connaît-il, peut-il connaître les conditions de mon industrie ? S'il ferme mes débouchés en élevant mon prix de revient,

c'est moi qui serai responsable de mes deniers. Quant à lui, désintéressé dans les conséquences de sa sentence, il n'a d'autre borne à sa générosité que la crainte du scandale.

Soit, il a toutes les vertus : délicatesse, désintéressement, courage de l'impopularité. Mais peut-il connaître les conditions de mon industrie ? L'habileté de direction y compte bien pour quelque chose : achats à bon prix, marchés à longue échéance, art des débouchés, prévision exacte de l'état des affaires à un moment donné.

Il ne me plaît pas de lui donner le détail de ces causes de gain, de lui indiquer non plus des causes de pertes possibles. Ce tiers désintéressé peut-il exiger que je lui découvre les conditions industrielles et commerciales qui font ma prospérité et auxquelles la main-d'œuvre est complètement étrangère ?

Dans l'enquête de VIndustriai Commission, aux États- Unis, on a fait cette réflexion :

— Avec des arbitres, il faut commencer par leur expliquer l'atffaire et la leur faire comprendre. S'ils ne se mettent pas d'accord, il faut avoir recours à une incompétence qu'il faut rendre compétente.

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