LE CAPITAL, PROFIT NET ET PLUS-VALUE
Karl Marx fait trois catégories du capital employé à la production : Le capital fixe qui représente l'outillage ; le capital constant qui représente le loyer, les matières premières, le chauffage et l'éclairage ; le capital variable qui représente les salaires.
Le capital variable est l'expression monétaire de la valeur de toutes les forces de travail que le capitaliste emploie à la fois. La grandeur du capital variable est donc proportionnelle au nombre des ouvriers employés. (T. I, ch. xi.)
Pourquoi le capital est-il constant quand il s'agit des matières premières et est-il variable quand il s'agit des
salaires? Le prix des matières premières subit des variations plus rapides et plus fréquentes que celui du travail. Karl Marx reconnaît que le cours, pendant sa fabrication, peut élever du coton rentré au prix d'un demi-shelling dans la manufacture au prix d'un shelling; que cette augmentation de prix peut être incorporée au produit; mais « ce changement est indépendant de raccrofâsement de valeur qu'obtient le coton par le filage même ». Et alors il conclut :
Dans le cours de la production, la partie du capital qui se transforme en moyens de production, c'est-à-dire en matières premières, matières auxiliaires et instruments de travail, ne modifie pas la grandeur de sa valeur. C'est pourquoi nous la nommons partie constante du capital, ou plus brièvement capital constant.
La partie du capital transformée en force de travail change, au contraire, de valeur dan« le cours de la production. Elle reproduit son propre équivalent et de plus un excédent, une plus-value, qui peut elle-même varier et être plus ou moins grande. Cette partie du capital se transforme en valeur plus ou moins grande. Cette partie du capital se transforme sans cesse de grandeur constante en grandeur variable. C'est pourquoi nous la nommons partie variable du capital, ou plus brièvement capital variable.
Une valeur est capital lorsqu'elle est avancée dans le but d'engendrer un profit.
Voici sur quelle équivoque subtile il base sa démonstration :
De même que ce qui excède une grandeur ne peut pas en constituer une partie, de même le profit, l'excédent de la valeur même de la marchandise sur l'avance du capitaliste ne peut pas constituer une fraction de cette dernière. Si la valeur avancée par le capitaliste est le seul élément qui concourt à la création de la valeur de la marchandise, il est
impossible que la production fournisse une valeur supérieure à celle qui y a été engagée, à moins qu'on n'admette que quelque chose se forme de rien.
Ces principes sont fort exacts. Rien ne se forme de rien. L'excédent d'une grandeur ne peut pas en constituer une partie. Mais il s'agit de savoir si ces principes s'appliquent au profit.
Karl Marx avance encore un certain nombre de vérités incontestables quand il dit : « Le capitaliste n'a en vue que l'excédent de la valeur du produit sur la valeur du capital consommé. »
La production d'une plus-value est le but détermi-r nant de la production capitaliste ; mais il ne faut pas la confondre avec le profit.
Karl Marx appelle « plus-value » l'expression du rapport de la plus-value capital variable et « taux du profit » l'expression du rapport de la plus-value au capital entier.
Le profit provient de ce que le capitaliste peut mettre en vente une chose qu'il n'a pas payée ; or, ce qu'il n'a pas payé, c'est le surtravail,. Par conséquent, le rapport doit s'établir entre le capital variable représentant la main-d'œuvre et Vexcédent de la valeur obtenue par la marchandise.
Voici la formule :
« Supposez,, dit Karl Marx, qu'un capital (G) de 500 liv. st. se décompose en matières premières, instruments, etc., d'une valeur de 400 liv. st. (c. constant) et en 100 liv. st. payées aux ouvriers (c. variable) ; qu'en outre la plus-value (p) est de iOO liv. st. ; alors le taux de la plus-value
=;=20 p. 100. (T. I, ch. XVII, p. 226.)
Dans le tome 111, chapitre iv, nous trouvons Tapplication de cette formule à des chiffres donnés par une filature de coton de 10.000 broches pour une semaine d'avril en 1871 et étendus à toute Tannée. Toute question de crédit est éliminée :
Liv. st.
Capital fixe (machines) 10.000
Capital circulant. 2.500
Capital total "12.500
Valeur du produit hebdomadaire.
Capital fixe (usure des machines). .
Capital circulant constant (loyer 6 liv. st. ; coton, 342 ; charbon, huile, gaz, 10) .
Capital variable (salaires)
Plus-value (travail non payé) ....
Total
Le capital avancé hebdomadairement est :
Capital circulant constant
Capital variable (salaires)
Total "
Proportion pour 100.
Capital constant
Capital variable (salaires)
Si on rapporte ces éléments à l'ensemble du capital circulant, 2.500 liv. st., on trouve 2.182 liv. st. de capital constant et 318 liv. st. de capital variable.
La dépense annuelle de salaire s'élevant à 52 X 552 = 2.704 liv. st., le capital variable (318 liv. st.) accomplit 8 1/2 rotations par an.
Le profit de toute Tannée s'élève donc à 80 X 52 = 4.160 liv. st. Si on divise ce nombre par le capital total, soit 12.500, on obtient 33,28 p. 100. Tel est le taux du profit.
Le profit est la comparaison de la plus-value du travail ou du capital variable à Tensemble du capital, mais ce n'est pas le profit qu'il faut voir. La plus-value du capital variable ne doit être comparée qu'au capital variable, c'est-à-dire aux salaires payés aux ouvriers.
Nous avons alors :
80 liv. st. de plus-value divisées par 52 liv. st., montant du capital variable payé chaque semaine :
OA
Mais comme le capital variable (318 liv. st.) se renouvelle 8 fois i/2 par an, nous avons :
Ce chiffre de la plus-value, c'est le chiffre du surtravail ; c'est le taux du capital vampire. Quand l'jndustriel paye 100 francs en salaires, il gagne 1.307 francs; quand il paie 1 franc de salaire, il gagne plus de 13 francs. {Le Capital, t. III, p. 58.)
Karl Marx et ses disciples ont beau jeu pour dénoncer une pareille exploitation du travail par le capital. •
Un déclamateur socialiste n'analyse pas la manière dont ce rapport a été obtenu. Il met tous les mathématiciens au défi de démontrer que le calcul de Karl Marx n'est pas juste; et aucun, à coup sûr, ne contestera la justesse du calcul.
De ce silence, il conclut que Karl Marx a prouvé, non pas d'après une hypothèse en l'air, mais en prenant l'exemple d'une filature anglaise, pendant une semaine
de 1871, que le palron gagnait 13 francs p:ir franc donné au salarié; que ces 13 francs sont le résultat de ce franc de travail; qu'ils représentent la plus-value du travail humain absorbée par le capital; qu'ils représentent le travail non payé !
Le marxiste continue en disant :
Le capital qae nous avons envisagé se subdivise en 12.182 liv. st. de capital constant et 318 liv, st. de capital variable, en tout 12.500 liv. st., soit 97 1/2 p. 100 de capital constant et 2 1/2 p. 100 de capital variable (employé au salaire). Xa quarantième partie du capital total seulement sert, mais en jouant ce rôle plus de huit fois par an, à payer les salaires.
Et toute la plus-value provient de ces 2 1/2 p. 100.
Telle est la thèse.
Seulement, dès son premier volume fch. xvit), Karl Marx avait fait suivre la formule que nous avons donnée de cette restriction :
Il est évident que le taux du profit peut être afTecté par des circonstances tout à fait étrangères au taux de la plusvalue. Je démontrerai plus tard dans le troisième volume que, étant donné le taux de la plus-value, le taux du profit peut varier indéfiniment.
En effet, Engels fait suivre l'exemple de la filature anglaise des restrictions suivantes :
Ce profit (33,28 p. 100 relativement à l'ensemble du capital) est anormalement élevé : il s'explique par une conjoncture exceptionnellement favorable —des prix très bas pour le coton et très élevés pour le fil — qui n'a certainement pas duré pendant toute l'année.
Quelques lignes pins bas, confondant les mots
a profit et plus-value », Engels parlant du taux de 1.300 p. 100, dit:
Pareil proût n'est pas rare dans les périodes de très grande prospérité, que nous n'avons plus traversées, il es^ vrai, depuis un certain temps.
Ces deux restrictions ruinent tout le calcul : si le prix du coton, matière première, et du fil, produit, jouent un certain rôle pour augmenter ou diminuer le profit, alors le profit n'est pas le simple résultat du surtravail, et le taux de 1.300 p. 100 disparaît, tandis qu'apparaissent d'autres éléments que le surtravail dans la valeur du produit. i
Et en effet, dans ce volume III, on trouve des chapitres consacrés à V Economie dans V application du capital constant^ aux Effets de$ variations des prix^ à la Rotation du capital^ etc.