‹ Les conflits du travail et leur solutionChapitre 16 sur 262 · SYSTÈME INDIVIDUEL · texte numérisé non relu

SYSTÈME INDIVIDUEL

Il y a quelques années, je visitais une grande usine, dirigée par un homme de haute intelligence, très biea intentionné, et qui se donnait beaucoup de mal. Il occupait environ 3.000 ouvriers. Il me déclara qu'il appliquait le « système individuel ».

Quelques mois après, je visitais une autre usine, à la tête de laquelle se trouvait aussi un homme bien intentionné, qui appliquait également le système en question et qui entra dans beaucoup de détails sur les soins qu'il y donnait. Je dis à cet industriel : « Vous appliquez le système individuel ; c'est bien, mais comment faites- vous ? »

— « Je m'occupe, me répondit-il, au moins deux heures par jour des ouvriers, de leur situation matérielle, de leur famille, etc. »

Comme je lui faisais remarquer qu'il pourrait peutêtre mieux employer son temps, il me montra des casiers de fiches individuelles, le renseignant sur Tétat civil, naissance, mariage, le nombre des enfants, et, outre ces indications, il y avait des notes personnelles sur la moralité des individus, sur leurs habitudes, leurs opinions politiques et religieuses.

Je demandai comment ces notes avaient pu être réunies. « Vous ne pouvez posséder de tels renseignements sans l'organisation d'une police et, par conséquent, vous êtes dans l'obligation de l'introduire dans votre usine avec tous les inconvénients qu'elle traîne à sa suite. »

On me parla de cette organisation dans la ville où se trouvait l'usine, et j'appris que des ingénieurs avaient dû quitter l'établissement parce qu'il leur répugnait de risquer d'être à la fois les instruments et les objets de cette surveillance.

Je ne parle pas de l'exemple immoral que donnait le patron en habituant des hommes à la délation et à la méfiance, dans l'intérêt de la morale.

D'autres industriels se placent à un autre point de vue.

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