‹ Les conflits du travail et leur solutionChapitre 17 sur 262 · SOLLICITUDE ET INDIFFÉRENCE PATRONALES · texte numérisé non relu

SOLLICITUDE ET INDIFFÉRENCE PATRONALES

M. Paul Bureau, professeur de droit à. l'Université de Paris, résume ainsi les confidences des industriels de Rouen et d'Elbeuf :

J'ignore complètement quelle est la vie de mes ouYriers en dehors de l'usine. Elle ne me regarde pas. Sans doute.

en cas de maladie d'un de mes ouvriers, je lui enverrai volontiers un petit secours ou quelques bouteilles devin, oo, comme je donne aux ouvrières qui font leurs couches, un louis, mais les choses en restent là... Gomment pourrait-il en être autrement? J'ai bien assez de la direction de mon usine et de mes affaires. S'il fallait encore que je m'occupe des affaires d€ mes ouvriers,, je n'y suffirais pas. Ils sont si nombreux ! D'ailleurs eux non plus ne le désirent pas; si je me mêlais de leur vie, ils m'accuseraient bien vite d'oppression et d'attenlat à leur indépendance. Je suis renseigné sur ce point par deux ou trois expériences antérieures *.

Les expériences sont nombreuses. Pendant longtemps, toutes les grèves dans les Compagnies houillères ont eu pour prétexte des conflits relatifs aux caisses de secours, de prévoyance et aux pensions de retraites. La plupart des Compagnies houillères ont construit des maisons pour leurs ouvriers. Il fallait bien loger à un prix abordable des ouvriers dans des endroits inhabités jusquelà. Mais les Compagnies avaient le tort d'assumer ellesmêmes la responsabilité de ces logements au lieu de s'adresser à une personne ou à une société interposée. Les ouvriers mineurs peuvent se mettre en grève ; ils restent les locataires de la Compagnie, et il lui e^t impossible de leur donner congé.

De plus, les ouvriers considèrent que les Compagnies rattrapent une partie de leur salaire en les logeant; ils placent le taux du loyer parmi les revendications qu'ils formulent au moment de la grève; et la deuxième convention d'Arras du 20 septembre 1898 contient la clause suivante : « Les Compagnies consentent à appliquer

1, Paul Bureau. — Le Contrat de travail. Le rôle des syndicats professionnels.

une réduction d'environ 35 p. 100 sur le taux des loyers qui ont été majorés depuis 1893. »

Si la Compagnie renvoyait un ouvrier, c'était pour ne pas lui payer sa retraite! Toutes ses intentions étaient ainsi retournées.

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