‹ Les conflits du travail et leur solutionChapitre 19 sur 262 · EXCES DE PHILANTHROPIE · texte numérisé non relu

EXCES DE PHILANTHROPIE

Cet ingénieur continue :

Il est évident que la philanthropie patronale, à la mode d'autrefois, est devenue une anomalie et un leurre. L'ouvrier a derrière lui de nouveaux patrons — patrons de meeting et d'estaminet — qui lui enseignent la méfiance, la haine du chef et le dédain du bien qu'on lui fait; Cela est si vrai

i. Figaro da 14 mai 1901.

<ïn'â Montceau nous avons dû supprimer les écooomats où nous dislribuions aux mineurs du pain, du krd et du jambon (15.000 kilos de viande de porc par mois!) au prix de revient. Les journaux socialistes nous accusèrent avec une telle persistance de réaliser sur cette charcuterie des bénéfices « scandaleux », que nous avons décidé de laisser nos ouvriers libres d'acheter désormais, dussent-ils payer plus cher, leur lard où il leur plaît.

Eh bien, cette mesure fut excellente, et je serais d'avis que cette neutralité fût pratiquée par nous sous tous les points. Nous avons fait de l'ouvrier un homme libre.

Et je comprends, en effet, que beaucoup d'ouvriers considèrent qu'il y a une sorte de contradiction, humiliante pour leur orgueil, entre l'état de souveraineté où la loi les élève et l'état de tutelle où certaines charités patronales ont l'air de les vouloir retenir.

L'ouvrier, électeur libre et syndiqué, dédaigne cette protection et la suspecte.

De tels propos dans la bouche d'un ingénieur de la Compagnie de Blanzy montrent les progrès qu'ont fait les idées que j'exprimais quand, ministre des Travaux publies, parlant des grèves des mineurs du Pas-de- Calais en l89i, je disais que les Compagnies houillères s'étaient rendues « coupables d'excès de philanthropie ». Cette déclaration surprit, comme je m'y attendais; elle provoqua des murmures comme je m'y attendais. En 1901 un ingénieur en reconnaît la vérité à Monlceau-les-Mines.

Yl

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