INSTITUTIONS PATRONALES AUX ÉTATS-UNIS
Aux États-Unis, la plus belle institution patronale est la PuUmann City, quitromprend plus de 14.000 habi-
tants; la vigilance du fondateur n'a point empêché les grèves d'y éclater.
M. Levasseur constate, dans son important ouvrage, V Ouvrier américain^ que les institutions patronales sont l'exception. A Lowell, ville très religieuse, le patron avait organisé des maisons meublées auxquelles l'industriel payait la pension de l'ouvrier. Il avait fondé des écoles et des églises. Ce système n'a pu durer. Ce n'est qu'exceptionnellement que quelques Compagnies de chemins de fer ont des institutions de prévoyance. Les industriels, non seulement par indifférence, mais encore par système, repoussent les institutions de prévoyance : — « Ce ft'est pas ainsi qu'on fait des hommes, disent-ils. »
Les patrons qui, en France, s'attachaient aux institutions de prévoyance avaient deux mobiles : d'abord une bienveillance personnelle dont il est injuste de douter. La plupart désiraient voir leurs ouvriers heureux, non seulement par sentiment de sympathie, mais encore parce que le bonheur des ouvriers, c'est la tranquillité des « patrons », comme dans la vieille conception monarchique, le bonheur des sujets, c'est le repos des rois.
Seulement au fur et à mesure que la personnalité humaine se développe, son bonheur ne dépend ni des rois ni des patrons. Elle veut le faire par elle-même. Elle veut en être juge. Elle n'entend pas qu'il soit dosé par un autre pour les convenances d'un autre.
L'ouvrier a la conviction, quelquefois exagérée, que les soins dont un patron l'entoure n'ont pas pour objet ses propres intérêts, mais l'intérêt du patron.
De là, la déception qui fait dire à celui-ci : « Les ouvriers ne sont pas reconnaissants. »