APPEL AU GOUVERNEMENT
La Réforme Economique, Journal dirigé par M. Jules Domergue, qui a soutenu M. Jules Méline dans sa politique proteclionniste, a publié le 17 décembre 1899 une lettre d'un Grand Industriel du Nord, qui posait une singulière question :
— Si nous devons rester sur la brèche, que pouvons-nous faire pour nous défendre, puisque, manifestement, nous ne pouvons compter sur le gouvernement.
Cette lettre était encadrée dans un article signé Un Député. Ce Député ajoutait :
On ne les défend pas (les industriels), ce qui équivaut implicitement à les combattre.
Le grand industriel et ce député sont bien imprudents. Vraiment, on ne dit pas de ces choses-là! Ce grand industriel appelle le gouvernement comme un enfant poltron appelle sa maman; et entendez- vous ce Député^ vrai ou faux, qui dit du gouvernement : « On ne défend pas les grands industriels, ce qui équivaut implicitement à les combattre. »
Je serais curieux de savoir ce que répondrait ce député à un socialiste qui lui dirait :
— Mais alors, il y a donc des gouvernements qui défendent les grands industriels contre leurs ouvriers; s'ils les défendent, d'après ce que vous venez de dire, ils combattent les ouvriers; et les ouvriers ont raison de ne voter que pour des socialistes, puisque vous demandez, vous, grand industriel, vous, député, un gouvernement qui se mette du côté des salariants contre les salariés.
Ce Député^ en passant, dit aux industriels qu'ils avaient bien raison de préférer un autre régime que celui de la République. « Sans doute, sous un autre régime, la tâche serait moins difficile. » Il paraît que les grèves sont inconnues dans les monarchies qui s'appellent la Belgique et l'Angleterre.
Dans le même numéro se trouve une lettre signée de Quarante industriels des départements du Doubs, de la Haute-Saône et du territoire de Belfort. Elle est datée du 25 novembre 1899 et adressée à M. Waldeck-Rousseau.
Les Quarante industriels se plaignent que des députés et des agitateurs socialistes soient venus « dans le pays ». Est-ce que le ministère pouvait supprimer, pour eux, le droit d'aller et venir qui appartient à tous les Frànçms? Est-^c que des mJBÎstéreB jMrécédeiits avaient supprimé les promenades dé députés et <l^agi-
lateurs socialistes? Est-ce qu'il n'y en a pas eu sous le ministère de M. Méline? Est-ce que M. Méline a empêché les grèves?
Les quarante industriels continuent :
« n ne faut pas -que des hommes, se prévalant de leur écharpe de député, puissent, impunément, venir prêcher la révolte et la haine. »
Où est le ministère qui peut empêcher les députés d'aller prêcher la révolte et la haine? Est-ce que le roi des Belges peut empêcher des prédications de ce genre dans sa monarchie? Malgré les lois draconiennes dont il dispose, les dernières élections ont prouvé l'impuissance de Tempêreur d'Allemagne.
La pélition des Quarante industriels, après avoir fait une critique de la4oi de 1884, ajoute :
Il faut, enfin, que les pouvoirs publics poursuivent euxmêmes la presse quand elle pousse à la violence et à la haine.
Le délit d'excitation des citoyens à la haine les uns contre les autres a disparu depuis 1881. Ce ne sont pas seulement les journaux et les orateurs socialistes qui se rendent coupables de ces excitations.
On ne reviendra pas sur la liberté de la presse; on ne reviendra pas sur la loi de 1884, qui a institué les syndicats professionnels.
De grands industriel^ sont candidats dans la circonscription 011 ils ont leurs établissements. Presque tou-
jours ils se présentent comme des partisans des anciens régimes, ils s'appuient sur le parti clérical; ils passent pour persécuter leurs adversaires et favoriser leurs partisans; ils ont la réputation d'entretenir une police, non seulement dans leurs ateliers, mais dans les cafés et les lieux de réunion des ouvriers.
Ils font dire : le paysan vote pour son patron, Touvrier vote contre. Ils donnent des arguments aux protagonistes de la Révolution sociale.