LES FONCTIONS DU CHEF D'INDUSTRIE
Tous les régimes oligarchiques politiques ont une caractéristique , le chef de l'État a la prétention de faire tout et il fait tout mal.
Le régime oligarchique dans l'industrie n'échappe point à cette règle.
Le pouvoir est d'autant plus efficace que ses attributions sont plus nettement définies.
Or, l'industriel doit remplir cinq fonctions nettement délimitées :
1° Constituer et gérer un capital ;
2° Organiser un outillage ;
3° Acheter des matières premières ;
4"^ Assurer leur transformation en produits dans les meilleures conditions comme prix et comme qualités ;
5^ Ecouler ces produits.
Être maître chez lui pour le chef d'industrie, c'est n'être pas entravé à chaque instant dans la question du capital, dans l'organisation de l'outillage, dans l'achat des matières premières, dans la fabrication, dans la vente.
Or, actuellement, toutes lés grandes opérations reposent sur la division du travail. Il fait ses achats et ses ventes en gros ; il organise son outillage, non au jour le jour, mais par plan d'ensemble.
Mais quand il s'agit de là fabrication, il se débat au milieu de difficultés de tous genres, parce qu'il veut Tacheter en détail ; et c'est là où il est « le moins maître chez lui », car il est soumis à toutes sortes d'aléas qu'il lui est impossible de prévoir, puisqu'ils résultent de contingences psychologiques.
Le chef d'industrie, sous prétexte d'être maître chez lui, se place sous la dépendance de ses salariés.
Or, s'il traitait en gros avec eux, par un contrat nettement défini, pour des produits donnés dans un temps délimité, il n'aurait pas plus à s'en occuper qu'il n'a à s'occuper de ses autres fournisseurs.
Nous sommes de cet avis qu'un chef d'industrie doit être maître chez lui ; mais voici comment il faut l'entendre.
Il a autour de lui des collaborateurs immédiats : ingénieurs, agents commerciaux, dont les actes engagent directement les intérêts de la maison dont ils font partie. Ces hommes ont à prendre des décisions personnelles. Ils ont à collaborer avec le chef de l'industrie. Cette collaboration ne peut être efficace qu'à la condition qu'il y ait des relations de confiance personnelle.
Pour ceux-là, l'engagement ne peut être qu'individuel. Le directeur des industries doit les connaître, soit directement, soit indirectement, par ses collaborateurs les plus immédiats. Ceux-là constituent l'état-major de toute maison industrielle.
Mais, en dehors de cette élite, forcément très limitée, les salariés qui forment le grand nombre n'ont qu'une tâche à remplir : livrer des produits en échange de ma-
LES DEUX OpJECTIONS DU PATRON Mî
liéres premières qui leur sont fournies et à Taide d'un outillage mis à leur usage.
Ces produits sont anonymes, les services rendus soût anonymes, et plus l'industrie est développée, plus la travail revêt ce caractère impersonnel. Le patron aura beau répéter : — « Je veux être maître chez' moi »^ il ne connaîtra que quelques-uns de ses ouvriers, il ne pourra scruter les opinions et les sentiments du plus grand nombre; s'il Tessaye, il n'y réussira à peu près que par de détestables moyens de police qui provoqueront les désordres, l'anarchie, et la corruption qu'ils produisent partout où ils sont employés, que ce soiL dans une usine, dans un commerce ou dans un ÉtïiL