AVEUX DE M. SAVON
Dans son enquête très intéressante sur le projet Millerand, M. Jules Huret a vu M. Savon, qui est à la tête de la plus importante maison des entreprises de manutention de Marseille. Il passe pour un homme modéré. Voici un passage de sa conversation * :
Il faut s'en rendre compte une fois pour toutes, déclare M. Savon, le temps de V arbitraire patronal est passée malhethremement. Jusqu'à ces dernières années, nous faisions ce que nous voulions de l'ouvrier, ou à peu près. Cela n'allait pas plus mal, d'ailleurs. Mais quoi, c'est fini, archifini, cela crève les yeux, il n'y a plus moyen d'en douter. L'ouvrier a ouvert les yeux, ou du moins des gens se sont chargés de les lui ouvrir. Il a conscience, à présent, de ce qu'il est, de sa force, de sa toute-puissance. Il faut compter avec lui désormais. Nous nous sommes figurés que c'était la faute au gouvernement. Nous nous demandions si un bon despote, un roi, un empereur, un Boulanger, solide, à poigne, n'aurait pas vite fait de remettre tous ces gens à la raison et