V. The Case against picketing, by W.-J. Shaxby
pour les détourner de leur engagement. Bien qu'il fût situé à vingt lieues de Fusine, le jury condamna les unionistes et leur fît injonction « de ne plus surveiller et assiéger le débarcadère de Fleetwood ou tout autre endroit où pût être amenée une personne quelconque au service du plaignant ou sur le point d'entrer à son service ».
En 1899, la Chambre des Lords rendit, dans Taffaire Quinn v. Leathem, un arrêt dont les considérations qui Tentourent doivent être méditées par les magistrats de tous les pays.
L'Union de;3 garçons bouchers de Belfast invita le boucher Leathem à renvoyer des garçons non -unionistes qu'il avait. Le boucher offrit de les faire entrer dans rUnion et de payer leur cotisation. L'Union refusa deles admettre et exigea le renvoi. Sur son refus, elle le boycotta et menaça ses clients. Le boucher poursuivit les unionistes qui dirent pour leur défense : « Les membres de l'Union n'avaient-ils pas le droit de donner des avis à leurs camarades et de publier des informations à leur usage? » Le jury les condamna et, sur appel, la Chambre des lords confirma le premier jugement. Lord Lindley motiva ainsi sa décision :
Il a été soutenu que si les actes incriminés daus Tafîaire avaient été commis par une seule personne, la conduite de cette personne n'aurait pu faire l'objet d'une assignation. Mais un individu, qui n'en aurait pas eu d'autres derrière lui pour exécuter ses ordres, n'aurait pas pu faire ce que les défendeurs ont fait. Un homme ayant sur d'autres hommes le même pouvoir que les défendeurs pourrait avoir agi comme eux: dans ce cas, je le considérerais comme ayant fait au plaignant un lort qui justifierait une action civile. C'est une chose de s'entendre pour ne pas travailler; elle est légale. C'est une autre chose de s'entendre pour
empêcher d'autres de travailler. Celle-ci de prime abord est illégale. Une collectivité peut contraindre et intimider, alors qu'un individu isolé ne le pourrait pas. Dans le cas présent, la contrainte exercée sur les clients et employés du plaigaant, et par leur intermédiaire, sur le plaignant lui-même, était un empiétement sur leur liberté ainsi que sur la sienne et causait un dommage à eux comme à lui.
La célèbre afifaire Allen v, Flood and another (4 décembre 1897) soulève la question du monopole du travail aux unionistes ou à des ouvriers agréés par eu^.
Flood et Taylor étaient des constructeurs de navires travaillant pour la Glengall Iran C**. Anciens apprentis de cette Compagnie, ils avaient appris la construction en bois aussi bien que la construction en fer et étaient employés pour le moment à la construction en bois. Us étaient à la journée, mais leur temps de travail était en réalité la quinzaine. VIndependent Society of Boiter makers and Iron and steel shipbuilders (chaudronniers et constructeurs en fer) composée de 40.000 membres s'opposait à l'emploi de constructeurs qui travaillaientàla fois le boiset le fer. Allen, délégué del'Union, vint demander au directeur de la Compagnie le renvoi de ces deux hommes, sous menace de grève; après quelque résistance, celui-ci obéit à cette sommation; et les deux hommes, bons ouvriers, contre qui il n'y avait aucune plainte, furent congédiés le jour même.
Flood and Taylor poursuivirent Allen. Le jury du banc de la Reine leur accorda 20 liv. st. de dommagesintérêts. La Cour d'appel confirma ce jugement. Alleu en appela à la Chambre des lords qui s'adjoignit huit juges. Commencée le 10 décembre 1895, l'affaire fut terminée par un arrêt du 14 décembre 1897 qui déchargeait Allen de toute responsabilité. Sur les huit juges, six
avaient été d'avis de confirmer les jugements précédents. Le lord chancelier, lord Ashbourne, lord Morris déclarèrent aussi qu'ils étaient d'une opinion opposée à l'arrêt.
Cet arrêt déclarait que l'acte de pousser un employeur à renvoyer un ouvrier, si cette nniesure n'entraîne pas une rupture de contrat, ou de pousser un employeur à ne pas employer un ouvrier, quoique fait avec rintention de nuire, et produisant un dommage à l'ouvrier, ne donnait pas lieu à action.
Lord Morris affirma que c'était le renversement de l'opinion légale en Angleterre. On cita l'arrêt contraire de Lumley y. Gye. Le lord chancelier déclara que ce nouvel arrêt constituait un recul de deux cents ans. Lord Ashbourne invoqua le cas de Bowen v. Hall.
Cet arrêt extraordinaire fut salué avec enthousiasme par les chefs des Trade Unions: désormais, ils pouvaient se débarrassera coup sûr des « non-unionistes ». Mais les employeurs, d'un autre côté, pouvaient s'entendre pour mettre à la porte des unionistes. Si l'arrêt de la Chambre des lords avait légalisé la menace des grèves, il avait aussi légalisé celle des lock-outs^ de la fermeture des ateliers par les industriels.